Roberto Devereux Gaetano Donizetti 3 mars 2010 19 heures Munich Münscher Bayerische Staatsoper
Avec Edita Gruberova Elisabetta, Sonia Ganassi Sara, Paolo Gavanelli Duc de Nottingham, José Bros Roberto Devereux, direction musicale Friedrich Haider, mise en scène Christof Loy.
Gruberova en ses terres. Telle une fière reine qui entend exercer sa souveraineté jusqu’à la fin, Edita Gruberova a encore prouvé à plus de soixante-trois ans sa légitimité dans le répertoire bel cantiste, dans Roberto Devereux. Certes, détracteurs et esprits pointilleux souligneront avec raison les évidentes imperfections de la prestation de la diva, le manque de netteté dans l’approche des aigus, la justesse prise en défaut, le grossissement de la voix de poitrine, les problèmes d’homogénéité sur la tessiture. Tout cela ne saurait être passé sous silence. Et pourtant, le miracle s’est encore produit ce soir. Avec quel art consommé, Gruberova affirme son autorité puis sa douleur dans des aigus souverains : le rideau tombe sur une reine qui s’immole dans une infaillible douleur. Avec quelle habileté elle sait encore s’affranchir des raideurs que le vieillissement inflige à son instrument. Mais le savoir-faire et les astuces techniques masquent plus difficilement les rides de la voix. Il y a trois ans, à Vienne dans Norma, l’illusion de la perfection était parfaite. L’effort aujourd’hui devient palpable. Pourtant, la composition dramatique est impressionnante dans une production que l’on dirait taillée à la mesure de son talent. Elle s’installe parfaitement dans la dame de fer psychorigide en tailleur vert céladon et au sac inamovible à la main droite qu’est devenue la reine Elisabeth I dans le concept scénique de Christof Loy. Le caractère d’Elisabeth apparaît sous une certaine ambiguïté qui n’est pas sans évoquer l’ambivalence de cet opéra qui fait chanter la vengeance comme on entonnerait une marche joyeuse. Avec Donizetti, la perspective de mourir et de faire souffrir se fait le sourire aux lèvres. Mais lorsque la tragédie se noue, Elisabeth revêt sa robe noire des grands soirs et le triomphe de la vengeance se transforme en bouleversant sacrifice du repentir. Sous ses dehors de transposition contemporaine, le metteur en scène a su avec justesse faire éprouver au spectateur la duplicité du drame et le renversement psychologique qui s’opère dans le personnage de la reine d’Angleterre dans la grande scène finale. Et comment le rendre plus évident sinon avec l’instinct dramatique de Gruberova ? La chanteuse a livré ce soir une leçon de chant et de théâtre que les générations à venir feraient bien de méditer.
Aux côtés de la reine de cette soirée munichoise, Sara, la rivale d’Elisabeth dans le cœur de Devereux, a été chanté par une Sonia Ganassi très applaudie par un public sous le charme de son timbre sombre, mais la soie chaude de cette voix manquait d’homogénéité sur l’étendue de la tessiture, et les ornementations semblaient parfois arrachées de haute lutte.
Son époux, le duc de Nottingham a été servi par Paolo Gavanelli. La voix est ronde, homogène et pleine d’assurance sur l’ensemble de la tessiture. Un peu plus d’agilité aurait rendu la prestation parfaite. Le rôle-titre fut chanté par Juan Pons. Sans doute moins charismatique que Sonia Ganassi, il a cependant assuré une très honorable performance. L’orchestre de l’opéra de Munich était dirigé par Friedrich Haider très au fait du style de Donizetti, alliant vigueur et soutien attentif aux chanteurs.
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