mercredi 26 mai 2010

Béatrice et Benedict Hector Berlioz (1862) 28 février 2010

Béatrice et Benedict Hector Berlioz (1862) 28 février 2010 Opéra Comique
Avec Christine Rice Beatrice, Allan Clayton Bénédict, Ailish Tynan Héro, Elodie Méchain Ursule, Edwin Crossley-Mercer Claudio, Jérôme Varnier Don Pedro, Michel Trémpont Somarone, Giovanni Calo Leonato, David Lefort Le Messager, Bob Goody Alberto, Emmanuel Krivine direction musicale Dan Temmett mise en scène.
Beatrice et Benedict est une œuvre rarement donnée sur scène et une nouvelle production de l’ultime opéra de Berlioz est toujours l’opportunité de voir ou revoir ce divertissement de très bonne facture pour l’intrigue duquel Berlioz a puisé dans le corpus de l’un de ses dieux tutélaires, Shakespeare _ l’argument est librement inspiré de Beaucoup de bruit pour rien. L’œuvre avoue sa dette envers Les Troyens, tant du point de vue de l’orchestration que des thèmes mélodiques. Cependant, ce renoncement à l’expérimentation musicale et dramatique ne retire rien à la séduction délicate de cette partition doucement mélancolique dans laquelle Berlioz a su imprimer à la trame shakespearienne son spleen caractéristique.
Pour cette production, Dan Jemmett a choisi de renouveler et de réactualiser les dialogues un peu compassés que Berlioz avait rédigés pour résumer l’intrigue et a invité sur la scène un nouveau personnage : un acteur anglais, Alberto, joué par Bob Goody, lit des passages choisis de la pièce de Shakespeare pour faire émerger de leur inanité les personnages que le metteur en scène réduit ainsi à l’état de marionnettes aux visages artificiellement maquillés. Ce théâtre dans le théâtre serait plaisant et d’une franche drôlerie s’il n’était systématique et ne trahissait le génie de Berlioz. Car cette relecture à la conceptualité et à l’humour potaches ne parvient pas à recréer l’atmosphère extatique et mélancolique de l’œuvre et finit par lasser.
C’est dommage car l’oreille connaît un réel plaisir à entendre un français chanté mélodieux et distinct. Christine Rice est une Beatrice à la voix ronde et chaude, au timbre suave et à la diction parfaite. Elle sait s’y prendre avec la ligne mélodique ample de sa partition et cette maîtrise ne fait entendre aucun effort ; tout est souple et d’une naturelle élégance. Face à elle, celui qu’elle moque et qui sera finalement son époux, Benedict, est chanté avec beaucoup de justesse par Allan Clayton qui montre également une belle maîtrise de la prononciation française et fait regretter les accents un peu nasillards de cette voix claire et bien projetée. Elodie Méchain reprend le rôle d’Ursule qu’elle avait chanté en 2003 aux côté de Mireille Delunsch et Béatrice Uria-Monzon dans la belle production de Jean-Marie Villégier. La voix déjà prometteuse à l’époque a mûri et le magnifique timbre sombre et chaud de contralto est merveilleusement mis en valeur par une technique impeccable. La Héro de Ailish Tynan est en revanche trop acide, la voix est trop comprimée dans des sonorités nasales et manque de naturel. Jérôme Varnier est un Don Pedro vif et à la diction claire. Somarone est incarné avec beaucoup de talent par Michel Trempont. La Chambre Philharmonique dirigé par Emmanuel Krivine joue sur instruments d’époque et révèle les saveurs de l’orchestration de Berlioz dont la beauté est parfois voilée par les instruments modernes, même si l’on peut regretter parfois un manque de laisser-aller dans les tempi qui permettrait de laisser s’épanouir davantage de lyrisme. Le chœur Les Elements est emmené avec enthousiasme par son directeur Joël Suhubiette.

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