mercredi 29 décembre 2010

Mathis der Maler Hindemith Opéra Bastille 22 novembre 2010

Mathis der Maler Hindemith Opéra Bastille 22 novembre 2010
Avec Mathias Goerne Mathis, Scott Mac Allister Albrecht von Brandenburg, Thorsten Grümbel Lorenz von Pommersfelden, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke Wolgang Capito, Gregory Reinhart Riedinger, Michael Weinius Hans Schwalb, Antoine Garcin Truchsess von Waldburg, Eric Huchet Sylvester von Schaumberg, Melanie Diener Ursula, Martina Welschenbach Regina, Nadine Weissmann Die Gräfin von Helfenstein, Vincent Delhoume Der Pfeifer des Grafen, Christoph Eschenbach direction musicale, Olivier Py mise en scène.
Quelques saisons après avoir présenté Cardillac, l’Opéra National de Paris propose Mathis der Maler. Hindemith a composé cet opéra en sept tableaux à la fin des années trente tandis que les sombres orages du nazisme s’étalaient sur l’Europe. Matthias Grünewald est la figure autour de laquelle tourne l’opéra. L’auteur de retable d’Issenheim, triptyque extraordinaire d’un contemporain de Dürer, vécut une période sombre et agitée, qui n’est pas sans évoquer celle dans laquelle Hindemith était immergé.
Le livret du compositeur présente les conflits de l’artiste avec les tensions politiques de son temps et le progrès de son ascèse artistique. Les dimensions de la partition tiennent de la fresque, et fait songer à Guerre et Paix de Prokofiev, ou encore à Saint-François d’Assise de Messiaen, en tant que portrait musical aux intonations mystiques. Les couleurs néoclassiques et la modalité distante s’affranchissent de toute précaution expressionniste dès l’ouverture. Il faut goûter ces saveurs au palais un rien agressif aux oreilles. L’œuvre recèle des trésors comme ce gigantesque sixième tableau au recueillement et à l’ampleur synthétique. Le septième et dernier décrit de manière émouvante l’ultime dépouillement de l’artiste. Par contraste les scènes politiques des quatrième et cinquième tableaux s’avèrent bien bavardes. Le génie de l’ergotage et celui de l’harmonie sont rarement compatibles, et la lassitude qui séduit plus d’une fois le spectateur en est le témoin.
Le talent d’Olivier Py trouve dans cet opéra une proie idéale. La scène s’élabore et se dénude au gré de la progression dramatique et utilise de manière expressive un répertoire de décors limité. La reconstitution du Retable au premier tableau avec des figurants est très réussie et fonctionne comme l’Annonciation de la destination artistique du peintre. Les différents étages de la cathédrale aux structures dorées suggèrent la complexité et la multiplicité des compartiments sociaux et politiques. La manière dont chacun des décors se représentent tour à tour au sixième tableau, tandis que Mathis médite et fait le bilan de son existence, traduit visuellement la récapitulation mémorielle des thématiques dramaturgiques et des topographies qui ont défilé sur la scène.
La présente production était solidaire de la participation de Mathias Goerne. Le baryton allemand, Mercure zélé du répertoire du Lied, manifeste moins d’aisance sur les planches de la Bastille. L’émission concentrée fait merveille dans l’intimité du piano et du gramophone mais sonne rapidement contrainte quand il lui faut se déployer dans le vide et l’évènement pur du théâtre lyrique. On ne citera pas tous les protagonistes. On retiendra l’Albrecht von Brandenburg de Scott Mac Allister ou encore l’Ursula de Melanie Diener, à la perfection dramatique plus évidente – et applaudie à juste titre – que celle de la voix. Christoph Eschenbach dirige cette fresque d’une baguette convaincue.

Gala des 30 ans de l’AROP, Palais Garnier, 20 novembre 2010

 
Gala des 30 ans de l’AROP, Palais Garnier, 20 novembre 2010
On remonte l’avenue de l’Opéra, face au Palais Garnier illuminé d’or et de pourpre. Le tapis rouge est étalé sur le parvis cerné de berlines aux vitres fumées, la Garde Républicaine accueille les invités de marque, le grand escalier est décoré de palmeraies artificielles : pas de doute, l’Association pour le Rayonnement de l’Opéra de Paris célèbre son trentième anniversaire. Le spectateur se voit remettre un programme sur la couverture duquel s’entrelacent des motifs composés des lettres de l’AROP, tandis qu’il rejoint son fauteuil en compulsant hâtivement les pages blanches et dorées où le contenu de la soirée se donne déjà en spectacle.
Une première partie chorégraphique voit d’abord défiler le ballet de l’Opéra sur l’arrangement de la Marche Troyenne de Berlioz sous la baguette de Philippe Jordan. Des petits rats de l’Ecole de danse aux Etoiles, filles, demoiselles et dames, puis garçons et messieurs, s’offrent aux applaudissements du public, dans un rituel repris inlassablement à chaque grand moment de la maison, comme l’ouverture de la saison du ballet, depuis que Serge Lifar a laissé cet héritage à une compagnie qu’il a longtemps dirigée.
Dorothée Gilbert et Alessio Carbone – lequel remplace un Mathias Heyman souffrant – suivent fidèlement l’élégance du Pas de deux chorégraphié par Balanchine sur une musique de Tchaïkovski. Portée avec fermeté, l’étoile lance ses jambes avec quelque discret rubato. L’assistance applaudit ensuite la relève dans la Polonaise de Paquita (musique de Minkus) tandis que c’est un couple qui fit la légende de saisons remémorées qui se montre dans le Grand Pas – Agnès Letestu et José Martinez. Après avoir rempli les fauteuils de Bastille, le célèbre Boléro de Ravel réinventé par Maurice Béjart revient sous les ors Second Empire conduit par son officiant le plus remarquable du moment, Nicolas Le Riche. Main gauche main droite frappées de concert l’une contre l’autre, avant de se glisser telles des rapaces sur les nappes blanches de l’entracte, indifférentes à l’encombrement d’une flûte de gaz carbonique.
Le programme lyrique s’inaugure par une page rarement donnée sur les scènes : le duo des fleurs de Lakmé de Delibes. Inva Mula élabore une mélodie au moelleux lointain tandis que Karine Deshayes tisse un sage médium. Après la reprise à Bastille de la légende Strehler, Luca Pisaroni entonne un Non più andrai où se manifeste un sens des nuances à la musicalité plus pure que sur la scène des Noces de Figaro. La volonté de faire de l’animation théâtrale au point de la grimer parfois n’est plus là pour forcer la présence scénique. On est cependant surpris par des accès de timidité dans la projection dans un écrin pourtant plus favorable au lyrisme mozartien que les granits de la Bastille. Inva Mula revient pour l’air Mi chiamano Mimi, et montre nettement plus d’à-propos dans la partition de Puccini qu’elle a déjà incarnée sur scène la saison passée. Les efforts de la ligne semblent à l’unisson des contraintes du style. C’est ensuite un pur moment d’émotion avec la scène des Lettres de Werther dans le velours de Sophie Koch. L’intention dramatique est évidente et le chant très concentré, presque tendu dans l’imploration. Charlotte est bien là, Massenet aussi. En quelques notes ils apparaissent à nos oreilles, avec un naturel et une simplicité admirables. Piotr Bieczala, que l’on verra prochainement dans La Fiancée vendue de Smetana, montre une belle sensibilité dans l’adieu de Lenski à la vie : Kuda, kuda… , extrait du deuxième acte d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski. On l’avait entendu sur bien des scènes et on l’attend sur celle de Paris. Barbara Frittoli étant souffrante, les souvenirs heureux de la Comtesse di Altmaviva ne seront point évoqués et c’est le désir de jeunesse de Faust dont nous sommes les témoins avec Gounod. Bieczala fait preuve d’une maîtrise salutaire de la partie musicale et de la partie linguistique face à un Luca Pisaroni assez élégant en Méphistophélès mais d’une noirceur un peu pâle. Natalie Dessay avait décliné la proposition de l’AROP pour chanter l’air de la Folie de Lucia di Lamermoor de Donizetti. On s’était alors tourné vers Edita Gruberova. Hélas, le soprano slovaque ne put fouler les planches de Garnier et c’est alors que le soprano français accepta de remplacer son aînée au pied levé. C’est un agréable étonnement de voir sur scène l’harmonica de verre qui donne sa couleur outre-tombale à cette page, après avoir tant suivi des oreilles ce partenaire noyé dans la fosse. La bête de scène qu’est la française semble ce soir un peu fatiguée. L’auditeur est comblé par les aigus mais il faut attendre un peu avant que la braise dramatique ne dégèle.
Pour conclure, les solistes de l’Atelier lyrique se joignent à ceux qui les ont précédés ce soir pour une Serenade to Music de Ralph Vaughan Williams. Les lumières et la scénographie de Giuseppe Frigeni, qui ont déployé au cours de cette seconde partie de soirée un discret panneau sombre comme support visuel, s’accorde avec la poésie délicate de cette partition sympathique où s’entendent çà et là la leçon d’orchestration de Berlioz. Les artistes s’égaient dans le toast de la Traviata pour saluer un public en galons de soirée. Philippe Jordan, le directeur musical de l’Opéra de Paris, a alterné pour la première partie de soirée avec Marius Stieghorst – lequel a eu la baguette dans Paquita et le Pas de deux de Balanchine. L’assistance repue s’en va alors parfois cotillonner sous les dorures des Foyers, et d’aucuns quittèrent le Temple peu avant les prémices d’une aube pluvieuse.

jeudi 2 décembre 2010

Orchestre Philharmonique de Radio France, Salle Pleyel, 19 novembre 2010

Vous êtes invités à lire le texte de la chronique sur http://www.anaclase.com/.

Lemieux - Orchestre National de France, Théâtre des Champs Elysées, 18 novembre 2010

Le texte de la chronique est publé sur http://www.anaclase.com/.

Katia Kabanova, Janacek, Théâtre de la Monnaie, Bruxelles, 12 novembre 2010

Vous êtes invités à lire la chronique sur http://www.anaclase.com/.

Otello, Rossini, Théâtre des Champs Elysées, 11 novembre 2010


Vous êtes invités à lire la chronique sur http://www.anaclase.com/.

Soirées de remise des prix de l’AROP pour la saison 2009-2010, novembre 2010

Soirées de remise des prix de l’AROP pour la saison 2009-2010, novembre 2010
Soirée de remise du prix lyrique, 4 novembre 2010, Grand Hôtel
Chaque année, l’AROP – Association pour le Rayonnement de l’Opéra de Paris – décerne à deux membres de l’Atelier lyrique un prix, suivant le choix du public des membres de l’organisation. Les lauréats pour la saison qui vient de se terminer sont Alisa Kolosova – que l’on a pu apprécier dans le rôle d’Olga dans la reprise d’Eugène Onéguine en septembre dernier – et Stanislas Barbeyrac.
La soirée de remise des prix est l’occasion d’entendre ceux-ci ainsi que les nouveaux solistes au cours d’un récital. La configuration ovoïde du Salon Opéra avec ses multiples miroirs éblouissent les regards de lustres et de brillances repus, tandis que l’oreille doit se contenter de satisfactions plus précaires. L’acoustique ne semble pas être la convive de l’évènement.
Alisa Kolosova a interprété l’air de Giuditta Parto inerme, e non pavento extrait de la Betulia liberata de Mozart, suivie par le Tamino de Samuel de Barbeyrac, Wie stark ist nicht dein Zauberton. Le ténor français ne manque pas d’accointance avec le répertoire mozartien, avec sa maîtrise saluée. Parmi les nouveaux arrivants, Florian Sempey montre de belles qualités dans l’air de Sir Riccardo Forth Ah ! Per sempre io ti perdei des Puritains de Bellini – on avait déjà pu applaudir en septembre dernier le baryton libournais en Moralès dans la Carmen bordelaise. Marianne Crebassa propose le fameux Connais-tu le pays de Mignon d’Ambroise Thomas. Cyrille Dubois semble être suivi d’admiratrices et d’admirateurs, interprétant une scène de Gerald dans Lakmé de Delibes – Prendre le dessin…Fantaisie aux divins mensonges. C’est ensuite au tour de la Magda de Chenxing Yuan – Chi il bel sogno di Doretta extrait de La Rondine de Puccini. La beauté idiomatique de la page ne saurait laisser indifférent. Stanislas de Barbeyrac revient avec l’air de Don José, La fleur que tu m’avais jetée, chanté avec une affectation excessive. Alisa Kolosova ferme le bal avec un air de Lioubacha de La Fiancée du tsar de Rimski-Korsakov. La page, très émouvante, en grande partie a cappella, met en valeur la rondeur de la voix et la sensibilité du mezzo-soprano.
Soirée de remise du prix de la danse, 8 novembre 2010, Palais Garnier
C’est une coutume qui ne saurait souffrir d’exception, le prix AROP de la danse est décerné chaque année dans le Grand Foyer de la maison du ballet de l’Opéra National de Paris à deux éléments prometteurs remarqués lors de la saison précédente. Cette année, les lauréats sont Charline Giezendanner et Marc Moreau. Signatures, bulles et sustentations digestives composent comme à l’accoutumée la suite gastrologique de l’évènement.