Mathis der Maler Hindemith Opéra Bastille 22 novembre 2010
Avec Mathias Goerne Mathis, Scott Mac Allister Albrecht von Brandenburg, Thorsten Grümbel Lorenz von Pommersfelden, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke Wolgang Capito, Gregory Reinhart Riedinger, Michael Weinius Hans Schwalb, Antoine Garcin Truchsess von Waldburg, Eric Huchet Sylvester von Schaumberg, Melanie Diener Ursula, Martina Welschenbach Regina, Nadine Weissmann Die Gräfin von Helfenstein, Vincent Delhoume Der Pfeifer des Grafen, Christoph Eschenbach direction musicale, Olivier Py mise en scène.
Quelques saisons après avoir présenté Cardillac, l’Opéra National de Paris propose Mathis der Maler. Hindemith a composé cet opéra en sept tableaux à la fin des années trente tandis que les sombres orages du nazisme s’étalaient sur l’Europe. Matthias Grünewald est la figure autour de laquelle tourne l’opéra. L’auteur de retable d’Issenheim, triptyque extraordinaire d’un contemporain de Dürer, vécut une période sombre et agitée, qui n’est pas sans évoquer celle dans laquelle Hindemith était immergé.
Le livret du compositeur présente les conflits de l’artiste avec les tensions politiques de son temps et le progrès de son ascèse artistique. Les dimensions de la partition tiennent de la fresque, et fait songer à Guerre et Paix de Prokofiev, ou encore à Saint-François d’Assise de Messiaen, en tant que portrait musical aux intonations mystiques. Les couleurs néoclassiques et la modalité distante s’affranchissent de toute précaution expressionniste dès l’ouverture. Il faut goûter ces saveurs au palais un rien agressif aux oreilles. L’œuvre recèle des trésors comme ce gigantesque sixième tableau au recueillement et à l’ampleur synthétique. Le septième et dernier décrit de manière émouvante l’ultime dépouillement de l’artiste. Par contraste les scènes politiques des quatrième et cinquième tableaux s’avèrent bien bavardes. Le génie de l’ergotage et celui de l’harmonie sont rarement compatibles, et la lassitude qui séduit plus d’une fois le spectateur en est le témoin.
Le talent d’Olivier Py trouve dans cet opéra une proie idéale. La scène s’élabore et se dénude au gré de la progression dramatique et utilise de manière expressive un répertoire de décors limité. La reconstitution du Retable au premier tableau avec des figurants est très réussie et fonctionne comme l’Annonciation de la destination artistique du peintre. Les différents étages de la cathédrale aux structures dorées suggèrent la complexité et la multiplicité des compartiments sociaux et politiques. La manière dont chacun des décors se représentent tour à tour au sixième tableau, tandis que Mathis médite et fait le bilan de son existence, traduit visuellement la récapitulation mémorielle des thématiques dramaturgiques et des topographies qui ont défilé sur la scène.
La présente production était solidaire de la participation de Mathias Goerne. Le baryton allemand, Mercure zélé du répertoire du Lied, manifeste moins d’aisance sur les planches de la Bastille. L’émission concentrée fait merveille dans l’intimité du piano et du gramophone mais sonne rapidement contrainte quand il lui faut se déployer dans le vide et l’évènement pur du théâtre lyrique. On ne citera pas tous les protagonistes. On retiendra l’Albrecht von Brandenburg de Scott Mac Allister ou encore l’Ursula de Melanie Diener, à la perfection dramatique plus évidente – et applaudie à juste titre – que celle de la voix. Christoph Eschenbach dirige cette fresque d’une baguette convaincue.