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vendredi 19 août 2011
Mitridate, Mozart, Müncher Opernsfestspiele, 26 juillet 2011
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Lucrezia Borgia, Donizetti, Müncher Opernsfestspiele, 25 juillet 2011
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Le Nez, Dmitri Chostakovitch, Grand-Théâtre de Provence, Festival d’Aix-en-Provence, 10 et 12 juillet 2011
Le Nez, Dmitri Chostakovitch, Grand-Théâtre de Provence, Festival d’Aix-en-Provence, 10 et 12 juillet 2011
Avec Vladimir Samsonov Platon Kouzmitch Kovaliov, Alexandre Kravets Le Nez, Andrey Popov L’inspecteur de police, Vladimir Ognovenko Ivan Yakovlévitch, barbier, Claudia Waite, Praskovia Ossipovna, femme du barbier, Vasily Efimov, Ivan, domestique de Kovaliov, Yuri Kissin le Fonctionnaire du journal, Gennady Bezzubenkov le Docteur, Margarita Nekrasova Pélagie Grigorievna Podtotchina, Tehmine Yeghiazaryan, la Fille de Madame Podtotchina, Kazushi Ono, direction musicale, William Kentridge mise en scène et vidéo.
Présentée pour la première fois au Metropolitan Opera à New York en mars 2010, la production commandée à William Kentridge arrive dans les murs du Grand-Théâtre de Provence pour l’édition 2011 du festival d’Aix-en-Provence. La scène est certainement ici plus concentrée et la jauge resserrée au tiers de celle de la côte est. Le travail de l’iconographe sud-africain n’en paraît que plus proche et lisible.
Et il faut en reconnaître les indéniables qualités. L’ouvrage de Chostakovitch, composé par un musicien âgé d’une vingtaine d’années, décuple dans sa fantaisie sonore celle de la nouvelle de Gogol. Le procédé du collage chez le russe trouve ici une traduction visuelle foisonnante. Les projections en ombres des avatars modelés à la pâte du Nez réutilise le matériel herméneutique des productions antérieures du metteur en scène – l’exposition conjointe, hier au Moma, aujourd’hui à la Cité du Livre ou à l’Atelier Cézanne, permet d’en apprécier la continuité évolutive. Les éléments de décors se déplacent, tractés parfois par l’orgueil du protagoniste, en d’autres occurrences, c’est la foule. Des fragments d’archives de l’époque de la création, défilés soviétiques, un appareil pictural aux couleurs du suprématisme contemporain : l’éventail référentiel bombarde l’écran de scène sans jamais lasser l’œil, étant toujours en concordance avec le discours musical.
Celui-ci rencontre justement en Kazushi Ono un aède fidèle. Si l’Orchestre de l’Opéra de Lyon sonne un peu terne, on peut être gré au chef japonais de respecter l’effectif requis par la partition, sans chercher à le symphoniser. Les audaces de colorations et d’associations de timbres se font ainsi reconnaître, et partant, l’originalité et la modernité stupéfiantes de l’œuvre. Sa dimension presque chambriste s’avère favorisé par le parti pris mesuré de la direction musicale.
Le plateau réuni se montre plus que méritant. Se détache entre autres l’inspecteur de police d’Andrey Popov : les aigus exagérément tirés vers le haut de la tessiture font éclater la dimension caricaturale du personnage, et constituent un exemple significatif de la séduction particulière de cette pièce où l’expressivité transsubstantie la presque laideur. Le rôle-titre est incarné par un Alexandre Kravets percutant. Son propriétaire, le major Kovaliov a subi un changement de distribution : en lieu et place d’Albert Schagidullin initialement prévu, Vladimir Samsonov fait entendre la déréliction du caractère, et les qualités vocales le disputent aux dramatiques, imprimant ainsi son identité tout au long de la soirée. Vasily Efimov campe un Ivan, le domestique de Kovaliov, plein de sapidité, et l’on apprécie la discrimination entre le timbre de Pélagie Podtotchina, Margarita Nekrasova à l’autorité un peu empâtée par les ans et sa respectabilité, et celui de sa fille, Tehmine Yeghiazaryan, plus acidulée.
Les ensembles confiés au Chœur de l’Opéra de Lyon sont réglés avec efficacité par Alan Woodbridge.
On sort de ce spectacle vivifiés par l’inventivité d’hier et d’aujourd’hui, et on ne peut que lui souhaiter grande fortune. Le revoir est un plaisir qui souffre aisément d’être reconduit.
La clemenza di Tito, Mozart, Théâtre de l'Archevêché, Festival d'Aix-en-Provence, 10 juillet 2011
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La Traviata, Giuseppe Verdi, Théâtre de l’Archevêché, Festival d’Aix-en-Provence, 9 juillet 2011
La Traviata, Giuseppe Verdi, Théâtre de l’Archevêché, Festival d’Aix-en-Provence, 9 juillet 2011
Avec Natalie Dessay Violetta Valéry, Charles Castronovo Alfredo Germont, Ludovic Tézier Giorgio Germont, Silvia de La Muela Flora Bervoix, Adelina Scarabelli Annina, Manuel Nuñ̃ez Camelino Gastone vicomte de Letorières, Kostas Smoriginas Barone Douphol, Andrea Mastroni Marchese d’Obigny, Maurizio Lo Piccolo Dottor Grenvil, Louis Langrée direction musicale, Jean-François Sivadier mise en scène.
Une dévoyée aux étoiles. Le clair firmament illuminé par le pâle cercle de l’astre lunaire, une légère brise caressant les gradins du balcon du théâtre de l’Archevêché, le silence cotonneux d’une Provence aux aguets : les ingrédients de la magie topographique sont réunis ce soir pour imbiber la représentation du chef d’œuvre de Verdi donné ce soir. On ne remerciera jamais assez l’héritage des créateurs du festival un jour de 1948.
Car le dépouillement de la production commandée à Jean-François Sivadier profite de l’économie des lieux. Le concept qui a séduit la diva française n’a que l’apparence de l’audace – le théâtre dans le théâtre. C’est le mode d’utilisation du matériel scénographique, dû à Alexandre de Dardel, réduit au minimal, qui fait la différence. Le tissu bleu constellé de dorures stellaires, qui sert de toile de fond à la scène improvisée au début du premier acte, devient la couche des amants au deuxième, matelas de leurs illusions. Certaines idées ne pèchent pas par leur nouveauté – ainsi des lumières de music hall projetées successivement sur les deux solistes pendant le toast. L’agonie de l’héroïne le long d’un rayon de lumière blafarde sur fond de dénuement grisâtre – celui de Violetta accablée de dette et de phtisie – reprend des codes éprouvés et la chute vers le proscenium regarde vers le Visconti de la Scala 1955. Les costumes de Virginie Gervaise, empreints de chic contemporain, revêt les chanteurs d’une proximité à la théâtralité idéale.
La production brillait du nom de Natalie Dessay. La voix de soprano léger de la française donne à Violetta une fragilité diaphane inouïe. Le format sonne parfois d’indigence, et il faut le magnétisme de la diva pour retenir la crédibilité de ce colibri. Il n’y a cependant nulle trébuche. Seules des raideurs nouvelles signalent l’avancement de la carrière. L’Alfredo de Charles Castronovo déploie plus d’affect que d’agilité – et ce n’est pas le premier air du deuxième acte qui le démentira. Valeur sûre de la génération actuelle de barytons français, Ludovic Tézier s’avère impeccable de maladresse en Germont, magnifiée par un legato de caractère : le père pèche plus par ignorance de l’état de Violetta, que par méchanceté, et le souci de la réputation de sa famille tient plus de l’habitude que de l’arrogance. Le reste de la distribution n’est pas déméritant. Notons que Flora Bervoix et le docteur Grenvil sont confiés à des anciens de l’Académie européenne de musique – Silvia de La Muela et Maurizio Lo Piccolo.
Comme à son habitude, Louis Langrée, à la tête du London Symphony Orchestra, privilégie la transparence de la texture et la dynamique de l’ensemble. Il y a dans sa direction, une certaine distance, pour ne pas parler de froideur, qui fait souffler sur le plateau une fragrance de modernité de bon aloi et d’inéluctabilité. Ce défaut d’italianité s’écrase dans une cadence massive à la fin de l’ouvrage. L’Estonian Philharmonic Chamber Choir s’accomplit honnêtement de son office, préparé par Mikk Üleoja.
Si les cigales attentives ont versé sur la soirée un baume thaumaturge, il n’est pas certain que le voyage de la production vers des théâtres clos le préserve.
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