lundi 31 mai 2010

Guide pour la saison 2010-2011 à l’Opéra Comique

Guide pour la saison 2010-2011 à l’Opéra Comique

1-Les évènements de la saison
Cadmus et Hermione de Lully : La production de Benjamin Lazar qui avait connu un grand succès en 2008 revient cette saison sur la scène de la salle Favart. Le travail du metteur en scène, soucieux de remettre à l’honneur des tons d’éclairages que les esthétiques à lesquelles nous nous sommes habitués avaient relégué au rang d’archives, avait contribué à l’audience du spectacle. Vincent Dumestre et son Poème Harmonique étaient les partenaires idéaux d’une production baroque dans sa variété, sa couleur et sa vivacité. Ceux qui ne l’ont pas vu viendront et ceux qui étaient là en 2008 reviendront.
Cendrillon de Massenet : Jules Massenet a eu ses grands succès à la salle Favart, et c’est rendre hommage à son talent mésestimé que de produire ses ouvrages un peu oubliés. Les protagonistes de la présente production vont en tous cas tout faire pour rendre l’opéra-féérie inspiré de Perrault convaincant : Marc Minkowski qui à la tête de son orchestre des Musiciens du Louvre explore depuis de nombreuses années le répertoire français du dix-neuvième siècle avec le succès que l’on connaît, Benjamin Lazar qui a signé des mises en scène remarquées dans le répertoire baroque, et des chanteurs qui ont travaillé à plusieurs reprises avec Minkowski_ Ewa Podlès, voix lourde de graves qui fut Polinesso dans Ariodante et l’Opinion publique dans Orphée aux enfers, Frank Leguérinel, Jupiter dans Platée, Salomé Haller, prêtresse de Diane diaphane dans Iphigénie en Tauride.
Le Freischütz de Weber : Régulièrement donné sur les scènes allemandes, le génial singspiel de Weber peine à trouver une scène française pour l’accueillir. Il faut admettre que les longs dialogues en langue germanique tendent à rendre l’œuvre de Weber un peu exotique pour nos oreilles francophones, là où la partie théâtrale a pour but de donner une vivacité que seules des germanophones peuvent pleinement goûter. C’est pour traduire l’équivalent du singspiel en français, tout en préservant la valeur dramaturgique du singspiel de Weber, que le livret fut traduit par Emilien Pacini et Hector Berlioz, ce dernier réécrivant les récitatifs pour en faire un opéra romantique bien dans l’esprit de la France de Louis-Philippe. Les « puristes » pourront regretter de ne pas entendre la version « originale » de Weber en allemand, mais les fidèles à l’histoire de l’opéra en France se réjouiront de voir la salle Favart renouer avec une tradition de compréhension textuelle immédiate qui avait cours en France jusque dans les années 60, où l’on jouait Wagner et Verdi en français. Pour rendre justice au travail de Berlioz-Weber, ce sera un grand défenseur du romantisme français, John Eliot Gardiner, qui sera aux commandes de son Orchestre Révolutionnaire et Romantique _ on se souvient des Troyens au Châtelet en 2003, ou encore d’Orphée et Eurydice dans la version d’Hector Berlioz pour Pauline Viardot enregistrée Anne-Sofie von Otter. La mise en scène sera assuré par Dan Jemmett qui avait œuvré pour Beatrice et Benedict cette saison ; sa prestation nous avait laissé un sentiment mitigé : espérons que les forêts l’inspireront davantage.
Atys de Lully : Rendez-vous avec la légende de la renaissance du baroque : la production de Jean-Marie Villégier qui avait révélé Lully au public en 1987 revient dans les murs où elle avait été créée. L’ensemble de l’équipe revient au complet avec de nouveau William Christie à la tête des Arts Florissants. La chorégraphie de Francine Lancelot, qui avait œuvré à la redécouverte de la danse baroque, sera reconstituée par Béatrice Massin. Certains des instrumentistes de 1987 ont essaimé le travail de Christie et ont créé leurs propres ensembles depuis et Stéphanie d’Oustrac remplace Guillemette Laurens dans le rôle de Cybèle. C’est à la fois un hommage de la nouvelle génération à leurs prédécesseurs et un témoignage de vivacité d’un travail de grande qualité qui a fait rêver des milliers de mélomanes. On entendra Sophie Daneman dans le rôle de Doris et Paul Agnew dans celui du Sommeil. Et l’on pourra suivre la production à Caen, Bordeaux et Brooklyn, coproducteurs de la résurrection.

2- Les autres productions de la saison
Cachafaz de Strasnoy : En contrepoint de la production de Cadmus et Hermione, Geoffroy Jourdain dirigera les Cris de Paris et l’ensemble 2E2M dans une création du compositeur argentin Oscar Strasnoy. Benjamin Lazar mettra en scène un avatar de « baroque d’aujourd’hui » et montrera ses talents dans un répertoire différent de celui qui a assis sa renommée.
Les mamelles de Tirésias de Poulenc et Le bœuf sur le toit de Milhaud : Deux témoignages de la fantaisie créatrice qui irriguait le Paris de la première moitié du vingtième siècle et de la richesse des liens qui associaient les différentes formes d’expression artistique : le texte du livret de l’opéra-bouffe de Poulenc est d’Apollinaire et l’argument du ballet de Milhaud est signé Cocteau. Macha Makaïeff est à la régie d’une production qui sera étrennée à Lyon. On retrouvera des interprètes que nous avons déjà entendus sur la scène de la Bastille à l’instar de Jeannette Fisher, inamovible Berta du Barbier de Séville.
O mon bel inconnu de Hahn : Une comédie musicale signée Reynaldo Hahn sur un livret de Sacha Guitry pour apprécier un autre aspect de la légèreté créatrice du Paris de l’entre-deux guerres.
Les fiançailles au couvent de Prokofiev : Pendant russophone de l’Amour des trois oranges que nous avons vu représenté à la Bastille en 2005 (ce fut donné pour la 20ème matinée Rêves d’enfants), l’opéra-bouffe de Prokokiev sera dirigé par Tugan Sokhiev à la tête de l’Orchestre du Capitole de Toulouse.
Re Orso de Stroppa : Une création à l’Opéra Comique inspirée par une pièce du célèbre librettiste de Verdi, Boïto, Re Orso, qui relit le mythe du Minotaure. La production bénéficie de la participation de l’Ircam et Susanna Mälkki sera à la tête de l’Ensemble Intercontemporain, grand défenseur des avant-gardes de notre temps. Le plateau vocal verra une apparition de Monica Bacelli dont les mahlériens se souviennent peut-être, elle avait chanté l’insouciance trompeuse du paradis à la fin la quatrième symphonie du maître sous la baguette rayonnante de sensibilité de Claudio Abbado au Châtelet en avril 2006.
Les Brigands d’Offenbach : Un opéra-bouffe de maître Jacques pour terminer l’année en beauté et en satire. Le duo Makaïeff-Deschamps est à la régie, François-Xavier Roth à la tête de son orchestre Les Siècles, et la distribution rassemble des valeurs éprouvées du chant français, tels Michèle Lagrange ou Frank Leguérinel.

3- Les autres soirées de Favart
Parmi les concerts de la saison, on pourra retenir celui donné par l’Orchestre Français des Jeunes Baroque le 6 novembre sous la direction de Paul Agnew qui troquera le chant pour la baguette avec des airs de la magicienne Armide puisés chez Lully, Händel et Haydn et qui seront interprétés par Salomé Haller. Toujours en contrepoint des représentations de Cadmus et Hermione, Raphaël Pichon dirigera le chœur et l’orchestre Pygmalion dans des airs et suite de danses extraits de Dardanus de Rameau le 9 décembre et Vincent Dumestre proposera un spectacle autour des musiques carnavalesques dans la Rome du dix-septième siècle les 22 et 23 décembre.
Autour des Mamelles de Tirésias, la jeune soprano Karen Vourc’h chantera Poulenc les 9, 12 et 13 janvier et Karina Gauvin interprètera un programme autour de la mélodie française le 11 janvier.
Autour de Cendrillon, Michel Plasson dirigera l’Orchestre national de Lyon dans un programme de musique française avec le concours de Béatrice Uria-Monzon le 6 mars et l’ensemble Les Monts du Rueil jouera la première version scénique du conte de Perrault, mis en musique par Laruette le 14 mars.
Le Freischutz donne l’occasion à la salle Favart de programmer l’intégrale des trios et des concertos pour piano de Beethoven servis par les jeunes artistes du Trio Elégiaque et Jean-François Heisser pour les concertos, mais aussi d’entendre David Grimal à la tête de l’ensemble les Dissonances dans un programme composé autour d’une création de Richard Dubugnon le 14 avril et Anne Schwanewilms, qui fut la Maréchale dans la reprise de Rosenkavalier à Bastille en 2006, dans un récital de Lieder le 16 avril.
Enfin, la reprise d’Atys nous fera entendre une parodie de l’opéra de Lully, Atys travesti, écrit par Carolet, joué par l’ensemble Les Menus-Plaisirs du Roy et mis en scène par Jean-Luc Impe, le 14 mai. Quelques jours plus tard, la compagnie Fêtes galantes ressuscitera la « Belle Danse », qui est le pendant chorégraphique de la tragédie lyrique, sous l’impulsion de Béatrice Massin, qui recrée pour la reprise d’Atys le travail de Francine Lancelot laquelle fut l’un des principaux artisans de la redécouverte de la production chorégraphique en France sous l’Ancien Régime.

Guide pour la saison 2010-2011 au Théâtre des Champs Elysées

Guide pour la saison 2010-2011 au Théâtre des Champs Elysées

1-Opéras en version scénique

Passion de Dusapin : Les protagonistes de cette coproduction avec l’Opéra de Lille ne nous sont pas inconnus : Sacha Waltz était la chorégraphe du Roméo et Juliette de Berlioz présenté à Bastille en octobre 2007. Il est vraisemblable que l’abstraction lunaire de la musique de Dusapin, dont Perelà est l’un des avatars que l’Opéra Bastille présenta en 2003, saura s’accorder avec la gestuelle aux frontières de la danse de Sacha Waltz. Une performance d’art contemporain qui n’était plus dans la basse continue de l’avenue Montaigne depuis plusieurs années.
Orlando de Haendel : Après Ariodante sous la direction de Christophe Rousset il y a quelques années, voici Orlando, le premier opéra de Haendel composé sur un argument tiré de l’Arioste, présenté cette fois avec Emmanuelle Haïm. La mise en scène sera assurée par David Mc Vicar, qui avait déjà présenté dans ces murs une Aggripina et un Couronnement de Poppée très réussis, pleins de verve et de goût parfois douteux à l’efficacité théâtrale indéniable. Sonia Prina, un contralto à la voix mate et sombre montrera l’étendue de ses talents dans le rôle-titre d’un spectacle qu’il convient de retenir.
Orlando furioso de Vivaldi : On reste dans l’Arioste mais on s’envole pour la Sérénissime de Vivaldi avec l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre, dans une production qui reprend les principaux protagonistes qui ont fait le succès de l’enregistrement édité en 2005 par Naïve : Marie-Nicole Lemieux, Jennifer Larmore, Veronica Cangemi et Philippe Jarrousky. A la tête de son ensemble Matheus, le surexcité Jean-Christophe Spinosi fera montre de son dynamisme. Le directeur de l’Opéra d’Amsterdam, Pierre Audi, mettra en scène dans une esthétique que nous avons pu découvrir dans La Juive à Bastille en 2007. Il aura à ses côtés Peter van Praet, qui a réalisé les éclairages de plusieurs spectacles de Robert Carsen. Cette production, réalisée en partenariat avec les opéras de Nancy et de Nice permettra de voir un enregistrement qui a fait date prendre ses dimensions théâtrales sur une scène dédiée à ce répertoire baroque.
La Scala di Seta de Rossini : Un opera-bouffe que Rossini composa à 20 ans. Jean-Claude Malgoire présentera ses jeunes artistes de l’Atelier Lyrique de Tourcoing dans une unique soirée qui permettra de voir les premiers pas de jeunes chanteurs sur une grande scène parisienne.
Idomeneo de Mozart : Le dernier spectacle lyrique de la saison sera dirigé par un des jeunes prodiges de la baguette française, Jérémie Rohrer à la tête du Cercle de l’Harmonie. Et les oreilles mozartiennes devraient être flattées d’entendre le meilleur opéra seria du génie de Salzbourg, Idomeneo, défendu avec fraîcheur par un plateau mêlant jeunes chanteurs et talents confirmés. Les yeux ne devraient pas non plus se sentir laissés pour compte avec une mise en scène de Stéphane Braunschweig qui a produit le Ring aixois.


2-Opéras en version de concert

Petite messe solennelle de Rossini : Un Rossini plutôt intimiste avec des voix que l’on connaît bien, Désiré Rancatore fut à Garnier une reine de la nuit dans la production de Benno Besson, Anna Bonitatibus fut souvent entendue sous la direction de René Jacobs, entre autres dans Semiramide et Michele Pertusi est la grande basse belcantsite que nous avons pu applaudir dans la Somnambule à Bastille cette saison.
Otello de Verdi : Des grandes voix pour le chef d’œuvre du maître du Bussetto, avec Ben Heppner dans le rôle du maure, et pour lequel on peut attendre une incarnation à la hauteur de l’intelligence dont il a fait preuve dans les grands rôles wagnériens : qui ne se souvient de son Tristan ou de son Lohengrin à Bastille ? Anja Harteros a été une Amelia remarquable cette saison à Berlin aux côtés du Simon Boccanegra de Domingo, et la voix aux accents fauves semble tout indiquée pour rendre compte de la richesse vocale et dramatique de la fidèle Desdemona. Le Mahler Chamber Orchestra sera sous la baguette de Daniel Harding, dont on peut attendre un point de vue iconoclaste sur la partition du vieux Verdi, mais dont on peut craindre un goût immodéré pour des tempi un rien précipités.
Lodoïska de Cherubini : Ecrit à une époque où on aiguisait la guillotine, l’opéra de Cherubini nous permettra de redécouvrir une esthétique lyrique dédaignée de nos scènes et sera servi par le talentueux Jérémie Rohrer avec Nathalie Manfrino, star montante de la nouvelle génération, dans le rôle-titre.
Requiem de Mozart : Philippe Herreweghe proposera sa lecture du K626 dans un programme très grand public.
Le Carnaval de Venise de Campra : Le très vivant Hervé Niquet que l’on a entendu dans un répertoire diversifié, avec un plaisir certain dans un concert présentant un concentré de la Grand Duchesse de Geroldstein d’Offenbach à Pleyel cette saison, reviendra à ses premières amours qui l’on révélé aux parterres et aux équipements hi-fi des mélomanes et ressuscitera un opéra d’un des représentants du baroque français laissé dans l’ombre de la postérité de Lully. Salomé Haller que l’on a pu entendre dans Iphigénie en Tauride à Garnier sous les traits d’une prêtresse de Diane prouvera sa sensibilité à la ligne du chant français et les chœurs des Chantres du Centre de musique de Versailles défendront le baroque français sous la direction de leur directeur engagé, Olivier Schneebeli.
Otello de Rossini : Une trahison de la pièce de Shakespeare trop rarement présentée sur scène. Pour apprécier un autre regard sur le drame du maure, Evelino Pido dirigera un répertoire dont il s’est fait l’ambassadeur avec beaucoup de succès et un sens de la mise en valeur du plateau vocal parfois mis en défaut par une baguette à la précision aléatoire. Et pour servir les rôles de Desdemona et d’Otello, deux grandes voix que nous avons entendues dans un opéra de la génération suivante à Bastille, la Juive de Halévy, Anna Caterina Antonacci y était Rachel et John Osborn l’Empereur.
Alcina de Haendel : Après avoir entendu William Christie à Garnier en 1999 puis Christophe Rousset au Châtelet en 2005, c’est au tour de Marc Minkowski de nous livrer sa vision de l’histoire de la magicienne de l’Arioste. Et il est fort probable que les choix d’interprétation seront très différents, sinon diamétralement opposés, dans une optique qui ne dédaignera pas la puissance et la richesse de l’orchestration du divin Saxon, ni l’opulence des voix pour lesquelles ce dernier composait. Alcina sera incarnée par Anja Harteros qui a fait ses preuves dans un répertoire large, entre autres Simon Boccanegra à Berlin, Morgana par une fidèle de Minkowski, qui avait été Ginevra dans l’enregistrement d’Ariodante paru il y a plus de douze ans, et Ruggiero par une Vesselina Kasarova dont la tenue de la ligne commence à devenir un sujet de préoccupation.
Un Requiem allemand de Brahms : Hartmut Haenchen a fait preuve dans ses Strauss à Bastille et à Garnier d’une élégance dans le maniement de la baguette qui sera sans doute une vertu dans la sobriété d’un programme rapprochant deux visions de la finitude humaine tutoyant la pureté musicale du dénuement théâtral caractéristique de Brahms et de Haydn.
Les Saisons de Haydn : Un oratorio plein de saveur servi par des voix claires et légères.
Teseo de Haendel : Un opéra de la période italienne de Haendel dans lequel figureront deux des voix de haute-contre les plus fameuses d’aujourd’hui : Max Emanuel Cencic et Damien Guillon. L’orchestre des Folies Françoises sera dirigé par leur directeur Patrick Cohen-Akenine, fin interprète du répertoire de la fin du dix-septième siècle et du début du dix-huitième siècle. Un concert que les amateurs de Haendel et de haute-contre ne peuvent omettre d’inscrire à leur agenda.
Fidelio de Beethoven : Kurt Masur dirigera l’unique opéra de maître Ludwig avec Matthias Goerne dans le rôle du méchant Pizzaro.
Magnificat de Bach et Dixit Dominus de Haendel : Deux célébrations de la gloire divine sous la conduite d’un habitué du répertoire écrit pour la plus grande gloire de Dieu et l’opportunité d’entendre l’un des chefs-d’œuvre du jeune Haendel, plein de la vigueur du génie du futur fils adoptif de Londres.
Grands motets de Rameau et Mondonville : Emmanuelle Haïm propose son regard sur le grand motet versaillais que William Christie nous avait fait redécouvrir il y a une quinzaine d’années entre autre au cours des journées Rameau et Mondonville dans le cadre du festival de musique baroque de Versailles immortalisé dans des enregistrements parus chez Erato. Le Dominus regnavit de Mondonville est à cet égard exemplaire de la noblesse du sentiment et de la grande acuité de l’écriture baroque à suggérer les éléments de la nature : Dieu s’exprime dans la Nature sous les ors de la Chapelle Royale. Le cadre de la salle du Théâtre des champs Elysées n’est peut-être pas le lieu pour éprouver la grandeur un peu froide si particulière de cette musique mais pourquoi bouder le plaisir d’entendre résonner la lumière du siècle de Louis XV ?
Les Noces de Figaro de Mozart : Seiji Ozawa revient sur la scène du Théâtre des Champs Elysées avec un ensemble dont il est le directeur et l’initiateur. Le maître sera accompagné par une distribution triée sur le volet : Anna Christy avait été une Candide légère au Châtelet dans la production de Robert Carsen, Mariusz Kwiecien un Roi Roger remarquable à Bastille la saison passée et un Don Giovanni applaudi au Met.
Parsifal de Wagner : Ca vient de Bavière, c’est une légende allemande chantée par des chanteurs habitués des scènes lyriques allemandes et c’est sous la conduite du directeur musical du Bayerische Staatsoper, Kent Nagano. On pourra réentendre la Kundry de Angela Denoke qui avait alterné pour quelques dates avec Waltraut Meier à la Bastille en 2008. Gurnemanz sera tenu par une voix solide, Kwanchoul Young, qui avait été Sarastro en 2005 à Bastille. Nikolai Schukkoff sera t-il à la hauteur de Parsifal et nous fera-t-il oublier son inadéquation évidente au rôle de Don José au Châtelet dans la production de Carmen de Martin Kusej ?
Pelléas et Mélisande de Debussy : Une affiche en épitomé du chant français d’aujourd’hui pour servir la déclamation et l’orchestration nimbée de couleurs modales de l’opéra de Debussy. Une des grandes baguettes francophones de notre temps, Louis Langrée, plébiscité hors de nos frontières, conduira l’orchestre de Paris. Natalie Dessay chantera Mélisande aux côtés de son complice Simon Keenlyside, qui sera Pélléas (ils ont fait ensemble Hamlet au Met cette saison) ; Marie-Nicole Lemieux sera Geneviève, Laurent Naouri, Golaud et Alain Vernhes, Arkel. On peut attendre de ce plateau une clarté de l’élocution chantée capable de rendre justice au raffinement parfois excessif de la partition de Debussy.
Passion selon Saint-Jean de Bach : Un des monuments les plus bouleversants de la littérature religieuse sera servi par un des grands interprètes de ce répertoire, Ton Koopman, qui avait déjà signé maints enregistrements de référence de l’œuvre vocale de Bach.
Farnace de Vivaldi : Après Jordi Savall en 2003, Stefano Molardi présente un des grands chefs d’œuvre lyrique de Vivaldi, avec le célèbre lamento que Cecilia Bartoli avait contribué a réinstallé dans nos oreilles. Le chef espagnol avait choisi Furio Zanasi pour le rôle de Farnace, qui avait livré une interprétation très sensible à la théâtralité du texte mais qui laissait l’amateur de voix un peu sur sa faim. On peut espérer qu’avec la voix sombre de la contralto montante, Sonia Prina, notre soif de technicité lyrique sera davantage satisfaite.
Magnificat, Gloria et Nisi Dominus de Vivaldi : Trois des plus belles partitions de Vivaldi par Hervé Niquet et l’un des contre-ténors les plus en vue de la nouvelle génération, Damien Guillon.
Il Trovatore de Verdi : Ludovic Tézier incarnera le Conte di Luna dans ce concert de l’Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine. Les autres protagonistes ne sont pas inconnus : Elena Manistina avait remplacé Olga Borodina dans la Fiancée du Tsar (la voix a peut-être gagné en assurance et la ligne en stabilité), Giuseppe Gipali avait remplacé Roberto Alagna dans la Rondine au Châtelet en 2006, c’est une voix assez claire mais qui avait encore à gagner en solidité.
Stabat Mater de Vivaldi et Pergolesi : La confrontation des deux plus célèbres Stabat Mater de la littérature baroque sous la conduite d’un très bon connaisseur de l’Italie du dix-huitième siècle, Andrea Marcon.
Messe en ut majeur de Beethoven : Colin Davis revient à la tête de l’Orchestre national de France avec l’autre messe de Beethoven, moins célèbre que la Solemnis, mais également impressionnante. Une belle distribution pour la servir avec Nathalie Manfrino et Nicolas Courjal. En première partie de soirée, Nicolas Angelich jouera le quatrième concerto pour piano.
Il due Foscari de Verdi : Un opéra de jeunesse avec Ramon Vargas.
Ariodante de Haendel : On se souvient de l’enregistrement de Minkowski avec Anne-Sofie von Otter, on se souvient de la production présentée il y a quelques saisons avenue Montaigne avec Angela Kirschlaeger sous la baguette de Christophe Rousset, laquelle nous avait laissé une impression mitigée, voilà Alan Curtis à la tête de son orchestre Il Complesso Barocco. Il sera accompagné de valeurs sûres du répertoire baroque, Karina Gauvin, Marie-Nicole Lemieux, et d’une bel-cantiste confirmée en la personne de Joyce DiDonato.
Quatre pièces sacrées et extraits des Vêpres Siciliennes de Verdi : L’originalité du programme est de réunir deux aspects de la création de Verdi distants de plus de trente ans. Les pièces sacrées sont empreintes de sobriété, tandis que les Vêpres siciliennes sont un témoin sous-estimé de ce que le maître de Bussetto a légué en matière de grand opéra à la française. Bien que la version originale soit en français, ce sera la version italienne que nous entendrons, servie par des interprètes rompus au répertoire italien : Sondra Radvanovsky qui a déjà incarné Helena à Vienne dans la production de Herbert Wernicke, Michele Pertusi, remarquable basse chantante belcantiste. Le chef Gianandrea Noseda veillera sur l’Orchestre du Teatro Regio de Turin avec un souci du plateau vocal que l’on a pu apprécier dans la production du Trouvère au Met la saison passée.
L’enlèvement au sérail de Mozart : Le singspiel sera dirigé par un interprète reconnu du répertoire du siècle des Lumières finissant et des premières lueurs du romantisme, Christoph Spering et chanté par des interprètes que nous avons déjà entendus : Désiré Rancatore, Xavier Mas, ancien pensionnaire de l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris.
Vêpres d’un confesseur et Messe en ut mineur de Mozart : Le grand chef d’œuvre de Mozart en matière de musique sacrée, la messe en ut, sera présenté par le très talentueux Jérémie Rohrer qui sera également au cours du même mois de juin dans la fosse pour Idomeneo.
La finta giardiniera de Mozart : Un opéra de jeunesse de Mozart assez rarement donné.


3- Récitals de chant

Joyce Di Donato : La mezzo américaine interprètera des airs de son répertoire d’élection, Mozart et Rossini, sous la direction du nouveau directeur musical de l’Opéra de Lyon, Kazushi Ono, dont on a pu mesurer le talent dans le Roi Roger à la Bastille la saison passée.
Jonas Kaufmann : C’est avec le cycle exigeant de La Belle Meunière, accompagné d’Helmut Deutsch, que le ténor allemand réunira ses aficionados pour une séance de rattrapage après le concert annulé de cette saison.
Paris International Opera Competition : La finale d’un concours de chant pour avoir l’occasion d’entendre les talents de demain.
Ian Bostridge : Le ténor anglais fera preuve de son talent précieux aux côtés de l’énergique Fabio Biondi dans un répertoire qu’ils nous feront redécouvrir.
Max-Emmanuel Cencic : Le contre-ténor autrichien fera montre de ses talents dans un éventail large d’airs de Haendel, Vivaldi et Albinoni, mêlant les must et les partitions méconnues.
Rolando Villazon : Notre grand ténor va s’amuser avec des chansons mexicaines et nous faire découvrir un répertoire que bon nombre d’entre nous ne connaît pas.
Philippe Jarrousky : La star des contre-ténors français vient avenue Montaigne pour trois soirées en décembre : le premier avec le Concerto Köln dans des airs de Caldara, compositeur italien presque contemporain de Monteverdi, le second en duo avec Andreas Scholl dans un répertoire dédié à Purcell, et le troisième réunira des talents aussi variés que Veronica Cangemi, Gautier Capuçon et le Quatuor Ebène. Les fidèles (et les autres) pourront choisir de suivre les trois programmes ou sélectionner selon qu’ils voudront entendre l’essence du talent de Jaroussky en soliste, découvrir le duo de contre-ténor, chacun possédant un timbre idiomatique, ou apprécier le décloisonnement des répertoires.
Patricia Petibon : Une sélection d’airs de Mozart et de Haydn pour entendre la talent de la voix claire et légère de Patricia Petibon que l’on entendue tour à tour espiègle dans les Indes Galantes à Garnier avec William Christie et émouvante dans le Dialogue des Carmélites. L’orchestre qui l’accompagnera sera Il Giardino Armonico conduit par son iconoclaste directeur Giovanni Antonini.
Viviva Génaux : Un résumé du répertoire rossinien pour la compatriote de Sarah Palin. Les amateurs retiendront la date, les autres éviteront le mal de mer.
Thomas Hampson : Le grand baryton s’attaque au grand monument du Lied, le Winterreise de Schubert. C’est un pari risqué pour lequel il sera épaulé par un accompagnateur reconnu, Wolfram Rieger. Tant il est vrai que le cycle de Schubert est une expérience à part pour les chanteurs comme pour les mélomanes.
Stéphane Degout : Le talentueux baryton français chantera un programme mêlant des Lieder et des mélodies françaises, mettant en regard la poésie de l’Allemagne romantique et l’élégance de la France de la Belle Epoque.
Magdalena Kozena : La soprano tchèque proposera un programme autour d’un répertoire occulté par la renommée de Monteverdi que les amateurs de la musique du dix-septième siècle italien retiendront. Magdalena Kozena a d’ailleurs des talents certains dans le répertoire baroque, même si la diction semble lui tenir parfois rancune.
Anne Sofie von Otter : Un résumé de l’évolution stylistique au sein du Baroque. La mezzo suédois est sans nul doute l’une des récitalistes les plus géniales de sa génération. Même si le timbre souffre parfois d’une certaine sécheresse que les ans font subir au galbe de la voix, les amateurs de baroque, et les amateurs de récital ne peuvent manquer le programme.
Maria Grazia Schiavo et Rainer Trost : Jérémie Rohrer prête son ensemble au fougueux Giovanni Antonini pour un concert Mozart en marge des représentations d’Idomeneo.


4-Sélection de concerts symphoniques

Philharmonique de Vienne : L’un des grands évènements de la saison est le cycle Beethoven que Christian Thielemann présentera avec le Philharmonique de Vienne : après avoir joué l’intégralité des symphonies à Vienne, il vient en novembre nous livrer une vision un rien traditionnelle. Mais depuis quand les Wiener Philharmoniker n’étaient-ils pas venus jouer une intégrale des symphonies du pensionnaire du Zentral Friedhof ?
Orchestre Philharmonique de Saint-Petersbourg : Nelson Freire viendra jouer les deux concertos pour piano de Brahms, avec un sens du lyrisme que nous lui connaissons bien. Yuri Temirkanov dirigera en partie complémentaire de programme deux des plus belles symphonies de Brahms, la seconde, pastorale aux couleurs délicatement automnales et la quatrième, une puissante composition qui s’achève sur un hommage à Bach dans la passacaille finale.
Saito Kinen Orchestra : Le fondateur de l’orchestre viendra avec une création de Gondrai et le troisième concerto pour piano de Beethoven sous les doigts de Mitsuko Uschida, que l’on a parfois connue un peu sèche.
Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise : Sous la baguette du grand chef letton, expert es Mahler, le programme réunit la quatrième symphonie de ce dernier, un des témoignages de la versatilité de l’émotion mahlérienne, et la neuvième symphonie du compositeur qui a été le plus sensible à l’esthétique de Mahler, Chostakovitch, qui est une partition d’une légèreté et d’une ironie inattendue pour une symphonie portant l’insigne légendaire du numéro neuf, censé être l’antichambre de l’au-delà selon les mots de Schönberg, constatant la malédiction frappant les compositeurs romantiques à l’aune de leur neuvième symphonie.
Orchestra of the Age of Enlightement : Deux concerts, l’un en janvier sous la direction de Vladimir Jurowski, proposera nous permettra d’entendre le grand répertoire romantique et les Lieder eines fahrenden Gesellen de Mahler avec Sarah Conolly, mezzo qui fait les beaux soirs de l’English national Opera, et le second avec les sœurs Labèque et Simon Rattle dans un doublé Mozart-Haydn.
Orchestre Symphonique de Lucerne : Un programme slave avec aux pupitres solistes Martha Argerich et Mischa Maïsky.
Orchestre des Jeunes Gustav Mahler : Le directeur musical de l’opéra de Paris jouera deux des dernières œuvres de Mahler, et deux des plus bouleversantes, avec Thomas Hampson dans Das Lied von der Erde.
Ongaku-Juku ensemble : Une rencontre au sommet de deux légendes.
Les Talents lyriques : Pour célébrer son vingtième anniversaire, Christophe Rousset nous propose une cure de jouvence à l’époque de Farinelli.
Ensemble orchestral de Paris : Parmi les nombreux concerts que la formation donne avenue Montaigne, on peut retenir l’hommage à Jean-Pierre Rampal le 6 novembre, le concert donné par Paul McCreesh le 25 janvier, celui de Robert Norrington avec Elodie Méchain le 22 février et celui du 24 mai, les deux permettant de découvrir des facettes d’un compositeur français d’aujourd’hui, Nicolas Bacri.
On pourra aussi assister à la facétieuse initiative du contre-concert du Nouvel an dirigé par Jean-François Zygel, le 30 janvier à la tête de l’Orchestre Lamoureux.


5-Récital et musique de chambre-sélection

Prades aux Champs Elysées : Comme chaque année, c’est le moment d’entendre de grands talents manifester le plaisir de se retrouver pour jouer le répertoire de la musique de chambre. Cette année les trois concerts sont consacrés au « classicisme » viennois, Mozart et Schubert, en octobre, au répertoire slave en janvier et à Brahms et Beethoven en mars.
Quatuor Hagen : Le quatuor fête son vingtième anniversaire en jouant deux des plus belles œuvres de la littérature : le premier quatuor de Janacek et le quatorzième de Schubert, La jeune fille et la mort.
Intégrale des sonates pour piano et violon de Beethoven : Frank Braley et Renaud Capuçon interprèteront la sonate à Kreutzer et ses neufs autres sœurs.
Andras Schiff : Le délicat pianiste présentera un panorama des « morceaux » pour piano de Schubert.
Roger Muraro : Le pianiste français jouera la transcription pour piano que Franz Listz a réalisée de la Symphonie fantastique de Berlioz.
Fazil Say : Le pianiste turc jouera deux des plus grandes œuvres du répertoire : la vingtième sonate de Schubert et la dernière de Beethoven, l’opus 111.
Nicolas Angelich : Le pianiste français nous livrera sa vision des Variations Goldberg.


6-Concerts du dimanche matin

Brendel/Aimard : En réponse aux poèmes du pianiste émérite, Pierre-Laurent Aimard interprètera des pièces parmi les plus célèbres de Kurtag et Ligeti, dont plusieurs Etudes pour piano de Ligeti, corpus qui figure parmi les grands chefs-d’œuvre de la littérature pianistique du vingtième siècle aux côtés des Préludes de Debussy.
Intégrale des quatuors à cordes de Beethoven par le quatuor Artémis : Une intégrale qui se déroule tout au long de la saison.
Centenaire Jean-Louis Barrault : Pour célébrer le centenaire de ce grand homme, l’avenue Montaigne a concocté trois programmes. Le premier est constitué d’extraits du Langage du corps de Barrault sous la houlette de José Martinez, danseur étoile de l’Opéra de Paris et qui avait mis en scène les Enfants du paradis inspiré par le film de Carné. Pour le second, Denis Podalydès lira des textes de Barrault, Artaud et Camus. Pour clore le cycle, le dernier concert réunira François-René Duchâble et Alain Carré.


7-Danse

Gala des étoiles du XXI siècle : C’est un rendez-vous annuel qui réunit les amateurs de ballet venus applaudir les étoiles des quatre coins du monde sur la scène du Théâtre des Champs Elysées.
Eifam Ballet Théâtre de Saint-Pétersbourg : Sur la musique de Tchaïkovski, Boris Eifam relève le défi de traduire chorégraphiquement le grand roman de Tolstoï, Anna Karenine.
Guillem-Lepage-Maliphant : Grande habituée de l’avenue Montaigne, Sylvie Guillem s’est jointe à son complice Russell Maliphant et à Robert Lepage, lequel avait mis en scène la Damnation de Faust à Bastille et sera à l’œuvre pour la nouvelle production du Ring au Met cette saison.
Saint-Petersbourg Ballet Théâtre : La danseuse étoile Irina Kolesnikova interprètera deux classiques du répertoire, Le Lac des cygnes et la Belle aux bois dormant avec la troupe du Saint-Petersbourg Ballet Théâtre.
Les saisons russes du XXIème siècle : Un programme qui nous permettra de nous replonger dans le centenaire des Ballets russes.
Enfin le Théâtre des Champs Elysées présentera le spectacle mise en scène par Alain Sachs « Corps à cordes ».




jeudi 27 mai 2010

Guide pour la saison 2010-2011 de l’Opéra National de Paris

Guide pour la saison 2010-2011 de l’Opéra National de Paris
1-Opéras
1.1-Nouvelles productions
1.1.1-Les œuvres rares qui font leur entrée au répertoire de l’Opéra Bastille :
Le Triptyque de Puccini : Encore un signe des temps nouveaux à l’Opéra de Paris, Nicolas Joël met le nouveau directeur musical de la maison au pupitre pour la première nouvelle production de la saison dans un répertoire méprisé par son prédécesseur (encore que le Triptyque ne fût pas sans intérêt pour Gerard Mortier). Philippe Jordan dirigera cette production venue de La Scala de Milan mise en scène par Luca Ronconi qui a été présentée dernièrement en mars 2008 sous la direction du grand Riccardo Chailly. Les décors s’articulent autour d’un élément déterminant et représentatif de l’intrigue de chacune des trois pièces qui composent le cycle et baignent chacun dans une couleur dominante qui leur est propre : le pont supérieur d’un bateau et le noir pour Il Tabarro, un sombre drame de jalousie conjugal dans la veine de Leoncavallo ou Mascagni ; une immense statue de religieuse allongée et un bleu tirant sur un blanc faussement angélique pour la bouleversante Suor Angelica (c’est la pièce que je préfère dans le Triptyque), un opéra où tous les personnages sont des femmes (et des voix féminines) ; la chambre du défunt et le rouge pour la comédie incisive des héritiers de Gianni Schichi. C’est une très belle production que je ne manquerai pas de revoir.
Mathis le peintre de Hindemith : Je m’étais passablement ennuyé lors de la représentation de Cardillac, qui me semblait davantage tenir de l’anecdote policière que du spectacle lyrique. Il m’a été assuré que Mathis le peintre est d’une toute autre nature et d’un intérêt supérieur. L’intrigue met en scène un des plus grands peintres de la Renaissance allemande (si l’on peut se permettre cet oxymoron), Mathias Grünewald, l’auteur du retable d’Issenheim, qui a inspiré peintres et musiciens (Jonathan Harvey a composé une pièce il y a une dizaine d’années), qui sera incarné par Mathias Goerne, le digne successeur de Fischer-Diskau, qui saura certainement révéler avec soin les facettes multiples du poète de la peinture sur bois. Olivier Py mettra en scène cet opéra et l’on peut soupçonner que le livret d’Hindemith saura inspirer le directeur de l’Odéon dont on a pu apprécier le travail audacieux dans le Rake’s Progress de Strawinsky en mars 2008 sur la scène de Garnier. Ce sont là trois bonnes raisons pour réserver une place dans son agenda pour découvrir cette production.
Francesca da Rimini de Zandonaï : La production de l’opéra de Zurich mise en scène par Giancarlo del Monaco, dont on a pu apprécier le travail stylisé dans Andrea Chénier en décembre cette saison, arrive sur la scène de l’Opéra Bastille pour nous faire découvrir cette œuvre méconnue sur un livret du grand poète italien de l’époque Liberty, Gabriele d’Annunzio. Ce sera l’occasion de réentendre Roberto Alagna sur la scène de l’Opéra de Paris après plus de six ans d’absence.
1.1.2-La suite du Ring des Nibelungen de Wagner :
Cette saison, on entendra les deux derniers volets de la nouvelle Tétralogie très attendue mise en scène par Gunther Krämer dont on a pu récemment découvrir certains aspects de sa vision du grand œuvre de Wagner dans l’Or du Rhin, avec ses moments de magie et ses partis pris plus contestables. Philippe Jordan continuera de conduire la suite des évènements, avec dans Siegfried, la grande tenante actuelle du rôle de Brunnhilde, Katarina Dalayman qui a déjà fait montre de son endurance à Aix-en Provence sous la houlette de Sir Simon Rattle. On retrouvera la merveilleuse Erda de Qin Lin Zhang et le non moins excellent Alberich de Peter Sidhom, ainsi que le Mime de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke. Le Wanderer sera incarné par Juha Uusitalo, dont j’ai découvert les grandes qualités d’acteur et de narrateur à Vienne en 2008. Dans Le Crépuscule des dieux, Nicolas Joël achèvera de nous prouver la cohérence de choix de distribution sur la longueur du cycle et nous retrouverons les mêmes remarquables Brünnhilde et Alberich que dans Siegfried, et les mêmes filles du Rhin que dans le Prologue. Siegried sera incarnédans ces deux journées par Torsten Kerl et Sophie Koch chantera sa première Waltraute après avoir montré l’intelligence de son incarnation de Fricka dans l’Or du Rhin.
1.1.3-Le gala opéra de la saison :
Giulio Cesare de Haendel : La nouvelle production du chef-d’œuvre de Haendel nous permettra d’apprécier une fois de plus le travail de Laurent Pelly (Platée cette saison à Garnier, L’Elisir d’amore à Bastille, La Belle Hélène au Châtelet figurent parmi les grandes réussites du metteur en scène favori de Natalie Dessay). Natalie Dessay nous réserve d’ailleurs sa première Cléopâtre pour la scène de Garnier. Elle sera dirigée par Emmanuelle Haïm qui fera ses débuts sur la scène de l’Opéra de Paris à la tête de son orchestre, Le Concert d’Astrée, et aura à ses côtés Lawrence Zazzo dans le rôle de Giulio Cesare que l’on a entendu plusieurs fois au Théâtre des Champs Elysées (Agrippina, L’incoronazione di Poppea), et des grands habitués du répertoire baroque, Dominique Visse en Nireno (grand spécialiste des emplois comiques de travestis _ la Nourrice dans L’Incoronazione di Poppea figure parmi l’une de ses grandes incarnations de ces dernières années à Paris), et Nathan Berg (grand familier des Arts Florissants).
1.1.4- La création mondiale de la saison :
Akhmatova de Mantovani : Sur un livret du directeur de la dramaturgie à l’Opéra de Paris, Christophe Ghristi, inspiré par la vie d’une des grandes poétesses du siècle des totalitarismes, Nicolas Joël mettra en scène le nouvel opéra de Bruno Mantovani, dont on pourra apprécier le talent dans la musique de Siddharta cette saison, commandé par l’Opéra National de Paris. Une opportunité de mieux connaître une voix qui compte sur la scène lyrique française d’aujourd’hui (il a écrit pour l’Opéra du Rhin L’Autre côté en 2006).

1.2 Reprises
Voici les reprises que je recommande de réserver, parce que ce sont des très belles productions qui n’ont pas été remontées depuis de nombreuses années et pour lesquelles les choix de distributions justifient parfois à eux seuls le ticket, étant parfois l’opportunité de réentendre sur la scène de l’Opéra de Paris des voix qui avaient été éclipsées pendant plusieurs années.
Le Vaisseau fantôme de Wagner : Cela faisait depuis 2003 que le premier opéra célèbre de Wagner n’était pas revenu sur la scène de l’Opéra Bastille. Pour cette reprise de la production de Willy Decker, des voix habituées au répertoire allemand assureront la partie vocale : Adriana Pieczoncka, bien connue du public viennois et des spectateurs new-yorkais pour ses Wagner et ses Strauss sera Senta, Matti Salminen, un habitué des emplois wagnériens, Daland, Klaus Florian Vogt qui a été ces dernières années un Florestan salué, Erik. James Morris, avec plus de trente-cinq ans de carrière reprendra le Hollandais : saura –t-il surmonter la grisaille qui envahit sa voix vieillissante, ainsi que son Philippe II dans Don Carlo en 2008 nous l’a fait constaté avec regret, pour affronter le puissant rôle de l’errant des mers ? Peter Schneider sera au pupitre dans un répertoire qu’il sert depuis de nombreuses années déjà sur les scènes allemandes.
Eugène Onéguine de Tchaïkovski : Après la production intéressante de Dimitri Tcherniakov en septembre 2008 avec la troupe du Théâtre du Bolchoï sur la scène de Garnier, la mise en scène de Willy Decker qui avait séduit les mélomanes depuis 1995 revient sur la scène de Bastille. Et pour reprendre cette production, Nicolas Joël a pris un soin tout particulier dans les choix de la distribution vocale : Olga Guryakova qui avait été une Rusalka merveilleuse de sensibilité musicale et dramatique en septembre 2005 dans la production de Robert Carsen à Bastille, reprendra un rôle qu’elle a déjà chanté à Vienne, Munich et Lyon, les saisons passées ; Ludovic Tézier chantera pour la première fois Onéguine et Jean-Paul Fouchécourt fera montre de sa maîtrise du chant français dans l’exotisme de la chanson de Monsieur Triquet au milieu du village russe en fête au second acte.
Ariane à Naxos de Strauss : La production de Pelly qui avait été étrennée sur la scène de Garnier en novembre 2003 revient pour sa deuxième reprise à Bastille. Philippe Jordan sera à nouveau au pupitre dans un spectacle qui avait marqué ses débuts à l’Opéra de Paris. Sophie Koch reprendra le rôle du compositeur qu’elle avait si bien servi à Garnier, Ricarda Merbeth, que l’on a entendu cette saison dans la Ville Morte le flambeau d’Ariadne. Applaudie depuis de nombreuses années dans le répertoire straussien et mozartien sur la scène du Metropolitan Opera, Diana Damrau brillera en Zerbinetta pour ses débuts sur la scène de l’Opéra Bastille.
Katia Kabanova de Janacek : La mise en scène de Marthaler avait divisé lors de sa venue sur la scène de Garnier en 2004. Pourtant ses choix scéniques et les décors d’Anna Viebrock jettent une lumière crue mais ô combien juste sur la détresse de la jeune héroïne et font de ce spectacle l’un des plus bouleversants du répertoire de l’Opéra de Paris. Angela Denoke reprendra le rôle de Katia, qu’elle incarne idéalement dans cette production depuis Salzbourg en 1998. Jane Henschen sera à nouveau Kabanicha, la mère, dont elle sait montrer toute la cruauté.
Otello de Verdi : L’un des grands évènements de cette saison avec le retour sur la scène de l’Opéra de Paris de Renée Fleming. Elle nous avait laissés avec Madeleine de Capriccio dans la dernière production du mandat de Hugues Gall mise en scène par Robert Carsen, en 2004. Elle revient en Desdémone, probablement un des rôles qui conviennent le mieux à sa voix aujourd’hui et qu’elle avait chanté dernièrement sur la scène de Metropolitan Opera aux côtés de Johan Botha en 2008. Elle aura à ses côtés le jeune Aleksandrs Antonenko, révélé par Riccardo Muti à Salzbourg. Grand habitué du répertoire italien sur la scène du Met, Marco Armiliato dirigera la reprise de cette production d’Andrei Serban aux reflets lunaires.
Cosi fan tutte de Mozart : Le troisième Da Ponte-Mozart revient sur la scène de Garnier sous la baguette de Philippe Jordan, mozartien reconnu sur les scènes germaniques. C’est également le retour de la production d’Ezio Toffolutti qui avait inauguré la réouverture de Garnier en mars 1996. La distribution s’annonce prometteuse avec Karine Deshayes en Dorabella, Matthew Polenzani en Guglielmo et Ildebrando d’Arcangelo en Don Alfonso.

1.3- Reprises (2)
Voilà des productions qui sont souvent le résultat d’un solide travail mais qui en sont parfois à leur reprise surnuméraire. Ce sont des spectacles qui peuvent être indiqués pour les néophytes mais que les habitués auront sans doute vus suffisamment pour libérer leur agenda pour d’autres découvertes.
L’Italienne à Alger de Rossini : Cette production avait été présentée pour la dernière fois en 2004. La mise en scène de Andrei Serban est certes jubilatoire et Lindoro sera Lawrence Brownlee, qui donne la réplique cette saison à Renée Fleming dans Armida au Metropolitan Opera. Mais Vivica Genaux, Bartoli à la bouche en déshérance quand elle vocalise, nous délivrera hélas sans doute encore un épitomé de vibrato rebelle qui tiendra lieu de bel canto, qui a ses partisans, mais dont je ne suis pas.
Les Noces de Figaro de Mozart : Le grand retour de la mythique production de Giorgio Strehler sur la scène de l’Opéra Bastille, qui évince la production de Marthaler, laquelle avait suscité la fronde du public de Garnier en 2006. Philippe Jordan sera au pupitre et dirigera des voix très appréciées dans le répertoire mozartien : Ekaterina Syurina, Julia Kleiter, Erwin Schrott, Karine Deshayes et tant d’autres. Mais fallait-il demander aux assistants du maître italien de remonter une production vieille de quarante ans bientôt et dont le transfert de la scène de Garnier à celle de Bastille, permettant de vendre plus de places, avait suscité l’ire de Strehler lui-même qui ne reconnaissait plus son travail sorti du cadre plutôt intimiste qu’il avait voulu ? Il est facile de muséifier l’œuvre des morts, ils ne sont plus là pour nous empêcher de croire à leur approbation posthume.
La Fiancée vendue de Smetana : Une autre grande légende de l’histoire de l’opéra. C’était une bonne chose de faire découvrir au public parisien l’œuvre emblème du nationalisme tchèque lorsque Gerard Mortier avait demandé à Gilbert Deflo de mettre en scène l’opéra le plus célèbre du premier grand compositeur tchèque. Mais la succession de danses traditionnelles et l’intrigue un peu désuète finissent par avoir raison de l’attention du spectateur. Pour chercher de dignes représentants du génie tchèque, il vaut mieux se tourner vers le romantisme lunaire de Rusalka de Dvorak ou l’inspiration torturée de Janacek, si sensible aux tensions particulières qui agissent l’âme profonde du peuple de Bohème et de Moravie. Célébré sur les scènes du monde entier, Piotr Beczala sera Jenik et Inva Mula, Mireille puis Mimi cette saison, sera Marenka.
Madame Butterfly de Puccini : Combien de représentations pour l’inamovible production de Robert Wilson sur la scène de l’Opéra Bastille ? Certes le travail de Wilson a de grandes qualités. Certes, la progression dramatique, parmi les plus bouleversantes de l’histoire de l’opéra, transcende une histoire qui sacrifie à l’exotisme japonisant en vogue au début du vingtième siècle. Certes Cio-Cio San sera chanté par Micaela Carosi qui a été une Madeleine de Coigny (Andrea Chénier) très applaudie cette saison. Mais après vingt ans de bons et loyaux services, la production ne pourrait-elle pas tirer sa révérence ?
Luisa Miller de Verdi : C’est un opéra d’une période charnière dans l’activité créatrice de Verdi. Avant La Traviata, il a mis en musique un drame bourgeois. Mais l’inspiration du compositeur, si elle réserve de beaux moments, ne fera naître qu’une œuvre non dénuée de charme mais d’un impact assez mineur. La production de Gilbert Deflo ne réhausse pas une œuvre secondaire dans la carrière du maître de Bussetto, dans des décors et une direction d’acteurs d’une désolante banalité. En revanche, le plateau vocal devrait être d’une haute tenue avec Marcelo Alvarez en Rodolfo, Orlin Anastassov en Comte de Walter et Krassimira Stoyanova en Luisa.
Tosca de Puccini : Puccini a de la chance à l’Opéra de Paris : les productions consacrées à ses ouvrages restent souvent des décennies à l’affiche, nous épargnant ainsi l’effort de renouveler l’imaginaire de son univers théâtral. Ainsi de cette Tosca du cinéaste Werner Schroeter qui a dépassé l’âge de la majorité et que l’on aimerait bien voir prendre sa retraite. Elle n’est pas déplaisante à voir. Mais on pourrait lui laisser le droit de reposer en paix. Tosca a certainement encore bien des choses à nous dire et à nous apprendre sur notre rapport cinématographique au monde que Puccini anticipait.

2-Ballets
2.1- Les deux galas de la saison
Roland Petit : Pour la première et le défilé du ballet, l’AROP a réservé une soirée de gala. Et pour le lancement de la saison chorégraphique, Brigitte Lefèvre a concocté une remarquable sélection des plus belles œuvres de Roland Petit et une manifestation des plus belles collaborations artistiques de l’histoire du ballet. Ainsi de Rendez-vous sur un argument de Jacques Prévert, une musique de Joseph Cosma avec des décors de Brassaï, des costumes de Mayo et un rideau de scène de Picasso ; Le Loup, argument de Jean Anouilh et Georges Neveu, musique de Henri Dutilleux, l’un des plus grands compositeurs d’aujourd’hui, et décors et costumes de Carzou ; et enfin le bouleversant Jeune homme et la Mort, sur la Passacaille en ut mineur orchestrée par Stockowski, avec les décors de Georges Wakhévitch et les costumes inspirés de Karinska. Une soirée pour voir défiler tout à tour les talents qui ont compté dans le Paris artistique de la deuxième moitié du vingtième siècle. Tout un esprit à goûter avec émerveillement.
Ballet du Théâtre Bolchoï : On aime les symboles cette année : un deuxième gala de première. Comme pour répondre à l’école française, l’école de danse russe viendra avec un ballet oublié, Flammes de Paris et nous permettre d’apprécier les deux approches de l’art chorégraphique, comme dans un dialogue artistique imaginaire illustrant l’année France-Russie. Un deuxième programme permettra d’apprécier Don Quichotte.

2.2- Le répertoire classique
Paquita de Lacotte : Un ballet de l’ère classique qui avait été oublié avant d’être remonté en 2001 par Pierre Lacotte. La musique est de Minkus, grand pourvoyeur de musiques de ballets au siècle de Flaubert.
Le lac des cygnes de Noureev : Un grand classique du répertoire dans la très belle et très fameuse chorégraphie de Noureev. Une valeur sûre que l’on ne se lasse pas de revoir et qui enchantera les jeunes spectateurs de la matinée Rêves d’enfants.
Coppélia de Bart : La musique de Delibes sert d’écrin pour cette histoire qui évoque les Contes d’Hoffmann. Le ballet revient sur la scène de Garnier.
Roméo et Juliette de Noureev : Autre grand chef-d’œuvre de Noureev, sur la musique non moins géniale de Prokofiev. Un grand moment de ballet à voir ou à revoir.

2.3 – Le répertoire contemporain
Ballet de Hambourg : La compagnie de John Neumeier revient sur la scène parisienne avec Parsifal, sur des pièces de Wagner évidemment mais aussi de l’extatique et diaphane Pärt ainsi que du génial Adams, qui a créé récemment une suite orchestrale, City Noir, au Walt Disney Hall pour le concert inaugural de Gustavo Dudamel à Los Angeles puis à la salle Pleyel récemment, et dont le Metropolitan Opera a présenté le remarquable Doctor Atomic l’an passé. Neumeier a toujours fait preuve d’une sensibilité irréprochable dans la composition musicale de ses chorégraphies, comme en ont témoigné La Dame aux camélias, que l’on a revu récemment à Garnier ou Mort à Venise, présenté au Châtelet en 2008. Une nouvelle occasion d’apprécier l’art d’un des grands maîtres du ballet d’aujourd’hui.
Balanchine-Brown-Bausch : Voici un programme qui permettra de confronter trois esthétiques chorégraphiques : l’épure du mouvement chorégraphique de Balanchine dans Apollon, l’apesanteur de la pièce stellaire et nocturne de Brown et la violence du mythique Sacre du printemps de Pina Bausch.
Caligula de Le Riche : Sur les Quatre Saisons de Vivaldi Nicolas Le Riche a essayé un portrait chorégraphique de l’empereur romain. Le défi pouvait-il être relevé avec succès ?
Mats Ek : Deux pièces du célèbre chorégraphe suédois, La maison de Bernarda inspiré de Garcia Lorca et Une sorte de… sur une musique de Gorecki, célèbre pour sa troisième symphonie.
Rain de De Keermaeker : La chorégraphe flamande a créé en 2001 ce ballet sur la musique de Reich, l’un des grands représentants du minimalisme répétitif américain avec Glass, qui entre au répertoire du ballet de l’Opéra de Paris cette saison.
L’anatomie de la sensation de McGregor : Une nouvelle création pour le ballet de l’Opéra de Paris. Mc Gregor avait déjà créé une pièce cette saison à Garnier.
Les enfants du Paradis de Martinez : José Martinez s’est inspiré du film de Marcel Carné pour écrire ce ballet faisant la part belle à la pantomime. Il a su composer une œuvre très émouvante dans laquelle il fera ses adieux à la scène en juillet prochain. Un très beau témoignage de la sensibilité du danseur étoile.

3- Quelques mots sur les autres spectacles de la saison
Pour les inconditionnels du ballet, l’école de danse proposera la chorégraphie de Coppélia de Pierre Lacotte et une pièce de Taras sur une musique de Tchaïkovski.
Pour ce qui est des concerts symphoniques de l’orchestre de l’Opéra de Paris, Philippe Jordan dirigera Brahms et Chostakovitch à Bastille le 18 janvier 2011, tandis que Georges Prêtres associera le répertoire germanique au répertoire français à Pleyel avec Brahms, Ravel et Poulenc le 29 avril 2011.
Diana Damrau donnera un récital de lieder et de mélodies à Garnier le 21 novembre2010 et le 2 novembre Marta et György Kurtag seront à Garnier. Enfin, Rachid Safid et l’ensemble solistes XXI joueront les madrigaux de Monterverdi avec le concours de Jean-Claude Drouot à l’amphithéâtre Bastille.

mercredi 26 mai 2010

Récital Chopin Krystian Zimmerman 29 avril 2010

Récital Chopin Krystian Zimmerman 29 avril 2010 Wiener Musikverein
C’était un grand soir : pour les amateurs de piano, les amoureux de Chopin et les admirateurs de Krystian Zimmerman. On le sait, le pianiste polonais compose ses programmes avec un soin extrême, évitant tout bis qui dénaturerait la dramaturgie musicale qu’il a choisie.
Pour le récital consacré au compositeur franco-polonais dont on célèbre le bicentenaire cette année, il en a dessiné une esthétique où les tonalités se répondent en miroir. La première partie qui réunit les œuvres de la première maturité, s’ouvre sur le deuxième nocturne opus 15 en fa dièse majeur, et la deuxième partie consacré au Chopin de la fin s’achève sur la Barcarolle en fa dièse majeur opus 60 ; les morceaux de résistance sont en mode mineur, dans la tonalité de si bémol pour la deuxième sonate opus 35 et le deuxième Scherzo opus 31, et de si pour la troisième sonate opus 58. Ce faisant, il nous propose une compréhension de l’évolution stylistique de Chopin qui met l’accent sur la préoccupation formelle qui n’a jamais quitté le compositeur depuis ses débuts : le romantisme de Chopin prend son envol dans ses recherches harmoniques et son exploration de formes contraignantes, autrement dit dans son classicisme absolu. Et c’est avec un jeu à la fois retenu et plein d’une énergie virile que se déroule un programme à la forme elliptique dont les deux foyers sont les tonalités de si (et si bémol) mineur, qui sont le lieu des deux grandes sonates et du scherzo, et de fa dièse majeur, creuset des formes « brèves » qui ouvrent et ferment le récital. Sous les phalanges de Krystian Zimmerman, les préoccupations formelles entretiennent un voisinage mystique avec l’Esprit.
C’est sans concession à un hédonisme du son et à la séduction immédiate de la délicatesse du toucher que le pianiste polonais a joué ce soir. L’inlassable travail des textures et des timbres n’a pris un visage pleinement reconnaissable qu’au cours de la Marche Funèbre de la deuxième sonate, les modulations subtiles d’intensité faisant apparaître les phrases sous des nuances de couleurs où chaque modulation harmonique apporte une variation d’éclairage invisible pour l’oreille immédiate mais évidente dans la progression du cinématographe sonore soigneusement élaboré. Le finale de cette même deuxième sonate, joué attaca dans la continuité du mouvement lent, est comme la liquidation de toute la constellation harmonique de la sonate qui s’échoue sur les accords conclusifs comme les derniers chocs d’un cercueil au fond d’une tombe. C’est dans le scherzo sans doute que le pianiste a déployé la séduction sonore la plus immédiate de la soirée avec des accents lunaires et presque métalliques de solennité angoissée qui ouvrent le morceau et une fabuleuse fluidité dans les modulations, exprimant la grande souplesse de l’harmonie chopinienne. Après l’entracte, la troisième sonate est apparue dans sa singularité, en reprenant les tournures de la sonate «marche funèbre » tout en montrant un traitement rythmique qui n’est pas sans rappeler le Beethoven de l’opus 106. Et comme en une symétrie parfaite, le dernier mouvement évoque l’allure inquiète et décidée du Grave initial de l’opus 31. Krystian Zimmerman a dévoilé dans la Barcarolle qui fermait le ban la richesse d’une écriture harmonique initiée par l’apparente simplicité de la danse. Le kaléidoscope proposé s’est révélé comme un résumé fidèle de l’évolution stylistique originale de Chopin, dont le génie s’est exprimé dans l’intimité des formes brèves et denses comme le fut sa vie.

Der Rosenkavalier R Strauss Köln Oper 17 avril 2010

Der Rosenkavalier R Strauss Köln Oper 17 avril 2010 18 heures 30
Avec Kiri Te Kanawa die Feldmarschallin, Claudia Mahnke Octavian, Jutta Böhnert Sophie, Bjarni Thor Kristinsson Baron Ochs Günter Krämer mise en scène, Patrik Ringborg direction musicale.
Adieux crépusculaires
Cette soirée s’annonçait comme particulière pour les lyricomanes puisque Dame Te Kanawa y faisait ses adieux à la scène. On avait préparé l’ultime apparition sur les planches de la soprano néo-zéalandaise dans les moindres détails. Elle serait la Maréchale du Chevalier à la rose, une aristocrate sur le déclin de sa jeunesse qui entretient une liaison avec un adolescent lequel finira par se marier à Sophie von Faninal, une demoiselle de son âge. La musique même de Strauss pose un regard doucement mélancolique sur un monde qui s’apprête à disparaître : au-delà de l’expérience wagnérienne, l’orchestre tente de reconstruire l’éden mozartien. Madame Te Kanawa nous l’a-t-elle fait entrevoir ?
Elle venait sur un plateau scénique réalisé par Günter Krämer, et qui se déclinait en trois espaces conceptuels successifs dont la finalité était de traduire les particularités des trois lieux de l’intrigue. Le premier acte est enfermé dans une coque circulaire qui contient la chambre de la Maréchale et qui étouffe passablement l’inexorable fuite de la jeunesse dans un rituel bourgeois. Le second acte est sous les auspices d’une couronne de fleurs qui s’éclaire à la fin de l’acte pour faire apparaître la face cornue d’un taureau : c’est l’acte d’Ochs. Le dernier acte perd les protagonistes au milieu d’une clairière de la forêt viennoise. A défaut de faire ressentir la grande diversité d’affects qui s’expriment dans l’opéra de Strauss, la mise en scène propose une interprétation lisible, quoique parfois un peu exagérément soulignée dans la transcription visuelle : les correspondances entre l’onomastique et l’appareil visuel satisfait l’intellect au détriment parfois de l’émotion pure.
Ses partenaires étaient souvent honnêtes : Claudia Mahnke était un Octavian solide, Bjarni Thor Kristinssonn, un Ochs robuste, un peu roboratif _ mais un taureau doit-il être chanté avec subtilité ? _ Julia Böhnert ne déméritait pas en Sophie. Le reste des voix se tenait honorablement sous la baguette vigilante de Patrik Ringborg. Le chef a montré une grande sensibilité à la variété d’accents qui s’expriment dans une partition qui tout en regardant vers Mozart ne se refuse pas une citation wagnérienne et a détaillé la richesse rythmique de l’ouvrage avec un soin remarquable, et ce malgré un orchestre un peu réduit par rapport aux standards straussiens : la fosse un peu étroite a contraint à quelques sacrifices quant à l’opulence des timbres, mais cela s’est fait sur l’autel de l’intelligibilité du discours musical, et les regrets que l’on a pu éprouver quant à des sonorités un peu rêches par moments finirent par cesser d’être une préoccupation.
Et le dernier tour de piste de Dame Te Kanawa ? On entendit les derniers filets d’une voix qui s’évanouissaient dans les lueurs conclusives d’un crépuscule un peu trop apprêté pour être bouleversant. Le programme s’est réalisé comme prévu avec les rappels faisant retentir avec une efficacité toute germanique les cinq dernières minutes de la clameur d’un public qui lui était conquis d’avance.

Le Barbier de Séville Opéra Bastille 8 avril 2010

Le Barbier de Séville Opéra Bastille 8 avril 2010 19 heures 30
Avec Karine Deshayes Rosine, Antonino Siragusa Conte d Almaviva, Dalibor Jenis Figaro, Paata Burchuladze Basilio, Alberto Rinaldi Bartolo, Jeannette Fisher Berta, Bruno Campanella direction musicale, Colline Serreau mise en scène.
Ce n’est pas le manque de reprises de la production pleine de vie de Colline Serreau que l’on peut regretter. Les deux précédentes séries avaient privilégié la version pour soprano avec la voix citron de Maria Bayo. Mais il est probable que Rossini eût préféré plus de volupté. Et il n’est pas douteux qu’il eût aimé celle de la française Karine Deshayes. Peut-être aurait-il préféré goûter le timbre sensuel de notre mezzo dans une acoustique plus intimiste que celle de la Bastille ; il se serait certainement opposé à ce que ce fruit fragile et savoureux fût abîmé dans un couvert de granit et se serait amusé des oreilles en manque de décibels. Il se serait montré magnanime et aurait pardonné sa maladresse discrète dans la reprise finale de l’air « Una voce poco fa ». Il aurait reconnu le talent du ténor Antonino Siragusa, la vaillance du jeune homme bravant les flots adverses de l’acoustique du vaisseau Bastille mais aurait peut-être regretté d’avoir écrit le morceau de bravoure pour Lindoro dans la scène finale pour le seul plaisir du divo exultant ses aigus souverains dédaigneux de la fluidité de la dramaturgie et pour un public ivre de notes hors portée. Et Siragusa lui aurait semblé un rien trop victorieux et presque irrespectueux de la beauté de la ligne de chant. D’ailleurs il aurait trouvé vulgaire ces morceaux de tissus agités rouge blanc et orange et ce tee-shirt bleu au numéro dix, et ce ballon foulé aux pieds de son athlète. Il lui aurait semblé que le Figaro de Dalibor Jenis eût redécouvert les vertus de la souplesse vocale, que Paata Burchuladze abusât un peu de l’autorité de ses graves, mais aurait aimé sa calumnia savoureuse, qu’Alberto Rinaldi n’était pas dans les bons jours qu’il lui avait connus et se serait rappelé de dire à l’agent de Jeannette Fischer qu’elle n’a plus l’âge de grimer avec talent ce que hier elle chantait encore. Bruno Campanella lui aurait semblé connaître sa partition et se serait encore bien amusé de l’impertinence de la production de Colline Serreau. Peut-être aurait-il souri de s’applaudir à droite d’un monsieur qu’il ne se souvenait pas d’avoir connu. Mais il se serait probablement dit que deux siècles d’histoire agitée ont bien pu altérer la précision de sa mémoire.

Faust Fénélon (2007) 23 mars 2010

Faust Fénélon (2007) 23 mars 2010
Avec Gilles Ragon L’Homme, Georg, Arnold Beyuzen Faust, Robert Bork Mephistophélès, Gregory Rheinhart Wagner, Le Moine, Karolina Andersson Annette, Bernhard Kontarsky direction musicale, Pet Halmen mise en scène
Pour affronter le mythe de Faust, Philippe Fénelon a choisi une source restée dans l’ombre de l’œuvre de Goethe, la pièce de l’allemand Nikolaus Lenau. Le compositeur a écrit un livret qui s’articule autour de trois personnages, Faust, Méphistophélès, et l’Homme. L’originalité de ses choix dramatiques se concentrent autour de ce troisième personnage, à la fois narrateur ex machina comme dans le Doktor Faust de Busoni, et personnage à l’intérieur du drame lui-même sous le nom de Georg : l’auteur met ainsi en œuvre un dispositif théâtral où l’extérieur et l’intérieur du drame mêlent leurs voix et leurs logiques dans une sorte de troisième lieu dramaturgique prometteur pour explorer la profondeur du mythe faustien. Hélas la partition déçoit ces attentes.
Certes, l’écriture vocale est très virtuose et trouve en Gilles Ragon, dans le double rôle de l’Homme et de Georg un interprète de premier plan qui montre une aisance réelle avec l’univers musical de Fénelon (il avait créé les Rois à Bordeaux en 2004). La voix accuse des raideurs cependant dans le registre aigu et le timbre est un peu tendu, mais la projection reste satisfaisante et le ténor français fait preuve d’un souci du détail exemplaire. Le personnage d’Annette est presque cantonné au registre suraigu, dans un personnage hystérique de femme abandonnée et trouve en Karolina Andersson une interprète à la vocalité crispée. L’innocence de Marguerite est bien loin. Méphistophélès a un rôle assez attendu de manipulateur et Robert Bork sait rendre avec talent la prosodie de la langue allemande magnifiée par une partie vocale très théâtrale. Faust est un savant tourmenté par la recherche de la Vérité qui doit lui apporter la toute-puissance incarné par Arnold Bezuyen : le timbre est riche et fait regretter une voix écaillée de quelques fêlures.
La partie orchestrale est exécutée sous la direction attentive de Bernhard Kontarsky. Le geste précis de cette baguette habituée au répertoire contemporain ne peut cependant faire oublier un orchestre souvent réduit à un rôle rhétorique, soulignant la déclamation chantée dans une sorte de descendance de Lully à laquelle il manquerait la structuration rythmique autour de la danse. Cette volonté excessive de confier l’avant de la scène au texte déséquilibre l’ensemble d’une œuvre intéressante mais qui a du mal à retenir l’attention à un discours musical réduit à des dimensions parfois rudimentaires. La timidité rythmique de l’orgie que promet Méphistophélès aux villageois fait regretter ce qu’un John Adams aurait pu proposer de roboratif pour la séquence. Il y a cependant quelques scènes qui se dégagent de cette monotonie dialectique, à l’instar de la scène qui ouvre le second acte, une sorte de climat d’inquisition suggéré avec un orchestre aux accents tamisés, ou le Lacrymosa final parfaitement construit et qui n’est pas sans rappeler la scène finale de l’opéra de Boesmans créé en ces murs l’an dernier, Yvonne de Bourgogne.
Pet Halmen a choisi une scénographie centrée sur un cadre géant comme un élément d’une vanité agrandie au format opératique qui a pu sujet la destinée de Faust, pris au piège de son désir de savoir et dans laquelle Méphistophélès est une sorte de Fantomas couleur Spiderman pilotant l’engin comme il tient par son pacte l’âme de sa victime.

L’Or du Rhin Richard Wagner 16 mars 2010

L’Or du Rhin Richard Wagner 16 mars 2010 19 heures 30 Opéra Bastille
Avec Falk Struckmann Wotan, Petre Sidhom Alberich, Kim Begley Loge, Ian Paterson Fasolt, Günther Groissböck Fafner, Wolfgang ZAblinger-Sperrhacke Mime, Samuel Youn Donner, Marcel Reijans Froh, Sophie Koch Fricka, Qin Lin Zhang Erda, Caroline Stein Woglinde, Daniela Sindram Wellgunde, Nicole Piccolomini Flosshilde, Philippe Jordan direction musicale, Günther Krämer mise en scène.
Cette nouvelle production de l’Anneau du Nibelung est un double évènement : la première apparition de la Tétralogie sur la scène de l’Opéra Bastille est aussi le premier spectacle lyrique dirigé par Philippe Jordan depuis sa prise de fonction de directeur musical à l’Opéra National de Paris. Un double symbole. Un double renouveau ?
Le chef a choisi de donner une certaine dimension chambriste à l’opulence orchestrale de la partition de Wagner. Ce parti pris révèle ses meilleurs atouts dans la conduite des longs récits et épisodes dramatiques qui jalonnent l’Or du Rhin. Attentif à ne jamais couvrir le plateau vocal, Philippe Jordan tisse un canevas remarquable par son sens du dosage théâtral : il donne une dynamique dramaturgique sans relâche au propos musical. Du coup, les longs monologues du Prologue ne sont plus des tunnels introspectifs mais s’insèrent parfaitement dans la continuité de l’évolution dramatique. Toutefois la tenue de l’orchestre est un peu trop rigoureuse parfois, et l’on regrette le manque d’emphase, le lyrisme un peu timide. On aimerait plus de laisser-aller et de magie, plus de mystère aussi, comme dans le prélude. Là où l’orchestre devrait être comme une lave bouillante qui fond toutes les résistances de la raison et nous fait oublier le caractère trompeur et illusoire de l’apothéose finale, Philippe Jordan conduit la partition comme s’il s’agissait de la conclusion d’une brillante démonstration.
Il faut avouer que la mise en scène accentue l’aspect un peu didactique de la production. Certes, le savoir-faire de Gunther Krämer et les éclairages de Diego Leetz réservent quelques instants de magie, comme cette chorégraphie aquatique de bras baignés dans un rouge sombre qui fait songer à du corail baignant l’eau chaude du Rhin originel. D’autres scènes sont bien vues comme cette enclume se balançant régulièrement au dessus de l’Or que les Nibelung forgent sous l’autorité d’Alberich et qui consonne remarquablement avec l’implacable et très suggestif rythme un peu métallique de l’orchestre. Mais pour combien d’images banales, comme cette boule dorée censée représenter l’incandescence fascinante et la matérialité fuyante de l’Or originel ou cette sphère terrestre semée de rayons et affublée d’une échelle sur laquelle les dieux endormis se réveillent sur l’incantation de Fricka : le décorateur semble avoir recyclé la production des Troyens que la Fura del Baus avait proposé à Valence à l’automne dernier _ là où la compagnie catalane avait réussi à suggérer avec justesse et poésie la mélancolique nostalgie de la terre natale de la chanson d’Hylas, le dispositif scénique, pourtant judicieux, de Gunther Krämer accuse un conceptualisme hélas un peu trop marqué. Et pourquoi Fafner reste-t-il sur l’avant-scène à accumuler et à compter son or alors que Donner a frappé depuis longtemps le tonnerre pour qu’après une averse rafraîchissant l’air moite les dieux oubliant les contraintes du monde gravissent sereins l’illusion du Walhall, dédaigneux des Filles du Rhin pleurant la magie innocente de leur Or perdu ? Et ce royaume des dieux devait-il être transfiguré en Germania si ce n’est par anticipation du salut de l’humanité qui ne pourra venir que par le crépuscule des idéologies fascinées par la pureté originelle de la race et son obstinée reconquête, sourde aux réalités du monde ? Le travail du metteur en scène allemand ne manque pas d’intérêt mais sacrifie trop la magie et la richesse du discours musical à une réflexion conceptuelle tour à tour juste et simpliste.
Le plateau vocal en revanche est d’une homogénéité remarquable. Ayant déjà à son actif de nombreuses incarnations de Wotan, Falk Struckmann montre son métier éprouvé, sa voix solide et son timbre riche avec l’endurance des vrais wagnériens. Sophie Koch chante sa première Fricka avec beaucoup de souplesse et met en valeur la féminité blessée de l’épouse d’un mari volage. Peter Sidhom est un grand Alberich, très nuancé. Non seulement, sa voix de « diseur » est impeccable, mais il sait varier les postures du personnage avec beaucoup d’intelligence : Alberich n’est pas réduit à la caricature que l’on nous inflige parfois et Peter Sidhom chante les deux scènes de malédiction, de l’amour et de l’anneau, avec une violence pleine de rancune face à un monde qui le condamne pour sa laideur et sa petitesse et qui est d’une justesse psychologique surprenante. Qin Lin Zhang reprend Erda qu’elle avait déjà chanté au Châtelet il y a quatre ans et traverse la scène d’une manière impériale. La voix d’alto est impressionnante de tenue et de moelleux, le timbre à la fois sombre et brillant. Les deux géants sont chantés avec beaucoup plus d’humanité et de subtilité que ce que l’on a coutume d’entendre, Ian Paterson est un Fasolt dont la voix de baryton lumineuse exprime l’amour puis le regret face à une Freia qui lui reste inaccessible et se différencie clairement de la voix de basse profonde de Günther Groissböck qui incarne un Fafner insensible. Loge est tenu par un Kim Begley très à l’aise dans ce rôle de clown manipulateur, dont la voix haute de ténor ne peut être que celle de la fourberie. Mime est chanté avec conviction par Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Samuel Youn est un Donner honnête tandis que le Froh de Marcel Reijans est un peu léger et la Freia de Ann Petersen est jeune mais un peu acide. Les trois filles de Rhin sont bien caractérisées par Caroline Stein, Woglinde, Daniela Sindram, Wellgunde, et Nicole Piccolomini, Flosshilde.

Béatrice et Benedict Hector Berlioz (1862) 28 février 2010

Béatrice et Benedict Hector Berlioz (1862) 28 février 2010 Opéra Comique
Avec Christine Rice Beatrice, Allan Clayton Bénédict, Ailish Tynan Héro, Elodie Méchain Ursule, Edwin Crossley-Mercer Claudio, Jérôme Varnier Don Pedro, Michel Trémpont Somarone, Giovanni Calo Leonato, David Lefort Le Messager, Bob Goody Alberto, Emmanuel Krivine direction musicale Dan Temmett mise en scène.
Beatrice et Benedict est une œuvre rarement donnée sur scène et une nouvelle production de l’ultime opéra de Berlioz est toujours l’opportunité de voir ou revoir ce divertissement de très bonne facture pour l’intrigue duquel Berlioz a puisé dans le corpus de l’un de ses dieux tutélaires, Shakespeare _ l’argument est librement inspiré de Beaucoup de bruit pour rien. L’œuvre avoue sa dette envers Les Troyens, tant du point de vue de l’orchestration que des thèmes mélodiques. Cependant, ce renoncement à l’expérimentation musicale et dramatique ne retire rien à la séduction délicate de cette partition doucement mélancolique dans laquelle Berlioz a su imprimer à la trame shakespearienne son spleen caractéristique.
Pour cette production, Dan Jemmett a choisi de renouveler et de réactualiser les dialogues un peu compassés que Berlioz avait rédigés pour résumer l’intrigue et a invité sur la scène un nouveau personnage : un acteur anglais, Alberto, joué par Bob Goody, lit des passages choisis de la pièce de Shakespeare pour faire émerger de leur inanité les personnages que le metteur en scène réduit ainsi à l’état de marionnettes aux visages artificiellement maquillés. Ce théâtre dans le théâtre serait plaisant et d’une franche drôlerie s’il n’était systématique et ne trahissait le génie de Berlioz. Car cette relecture à la conceptualité et à l’humour potaches ne parvient pas à recréer l’atmosphère extatique et mélancolique de l’œuvre et finit par lasser.
C’est dommage car l’oreille connaît un réel plaisir à entendre un français chanté mélodieux et distinct. Christine Rice est une Beatrice à la voix ronde et chaude, au timbre suave et à la diction parfaite. Elle sait s’y prendre avec la ligne mélodique ample de sa partition et cette maîtrise ne fait entendre aucun effort ; tout est souple et d’une naturelle élégance. Face à elle, celui qu’elle moque et qui sera finalement son époux, Benedict, est chanté avec beaucoup de justesse par Allan Clayton qui montre également une belle maîtrise de la prononciation française et fait regretter les accents un peu nasillards de cette voix claire et bien projetée. Elodie Méchain reprend le rôle d’Ursule qu’elle avait chanté en 2003 aux côté de Mireille Delunsch et Béatrice Uria-Monzon dans la belle production de Jean-Marie Villégier. La voix déjà prometteuse à l’époque a mûri et le magnifique timbre sombre et chaud de contralto est merveilleusement mis en valeur par une technique impeccable. La Héro de Ailish Tynan est en revanche trop acide, la voix est trop comprimée dans des sonorités nasales et manque de naturel. Jérôme Varnier est un Don Pedro vif et à la diction claire. Somarone est incarné avec beaucoup de talent par Michel Trempont. La Chambre Philharmonique dirigé par Emmanuel Krivine joue sur instruments d’époque et révèle les saveurs de l’orchestration de Berlioz dont la beauté est parfois voilée par les instruments modernes, même si l’on peut regretter parfois un manque de laisser-aller dans les tempi qui permettrait de laisser s’épanouir davantage de lyrisme. Le chœur Les Elements est emmené avec enthousiasme par son directeur Joël Suhubiette.

Roberto Devereux Gaetano Donizetti 3 mars 2010

Roberto Devereux Gaetano Donizetti 3 mars 2010 19 heures Munich Münscher Bayerische Staatsoper
Avec Edita Gruberova Elisabetta, Sonia Ganassi Sara, Paolo Gavanelli Duc de Nottingham, José Bros Roberto Devereux, direction musicale Friedrich Haider, mise en scène Christof Loy.
Gruberova en ses terres. Telle une fière reine qui entend exercer sa souveraineté jusqu’à la fin, Edita Gruberova a encore prouvé à plus de soixante-trois ans sa légitimité dans le répertoire bel cantiste, dans Roberto Devereux. Certes, détracteurs et esprits pointilleux souligneront avec raison les évidentes imperfections de la prestation de la diva, le manque de netteté dans l’approche des aigus, la justesse prise en défaut, le grossissement de la voix de poitrine, les problèmes d’homogénéité sur la tessiture. Tout cela ne saurait être passé sous silence. Et pourtant, le miracle s’est encore produit ce soir. Avec quel art consommé, Gruberova affirme son autorité puis sa douleur dans des aigus souverains : le rideau tombe sur une reine qui s’immole dans une infaillible douleur. Avec quelle habileté elle sait encore s’affranchir des raideurs que le vieillissement inflige à son instrument. Mais le savoir-faire et les astuces techniques masquent plus difficilement les rides de la voix. Il y a trois ans, à Vienne dans Norma, l’illusion de la perfection était parfaite. L’effort aujourd’hui devient palpable. Pourtant, la composition dramatique est impressionnante dans une production que l’on dirait taillée à la mesure de son talent. Elle s’installe parfaitement dans la dame de fer psychorigide en tailleur vert céladon et au sac inamovible à la main droite qu’est devenue la reine Elisabeth I dans le concept scénique de Christof Loy. Le caractère d’Elisabeth apparaît sous une certaine ambiguïté qui n’est pas sans évoquer l’ambivalence de cet opéra qui fait chanter la vengeance comme on entonnerait une marche joyeuse. Avec Donizetti, la perspective de mourir et de faire souffrir se fait le sourire aux lèvres. Mais lorsque la tragédie se noue, Elisabeth revêt sa robe noire des grands soirs et le triomphe de la vengeance se transforme en bouleversant sacrifice du repentir. Sous ses dehors de transposition contemporaine, le metteur en scène a su avec justesse faire éprouver au spectateur la duplicité du drame et le renversement psychologique qui s’opère dans le personnage de la reine d’Angleterre dans la grande scène finale. Et comment le rendre plus évident sinon avec l’instinct dramatique de Gruberova ? La chanteuse a livré ce soir une leçon de chant et de théâtre que les générations à venir feraient bien de méditer.
Aux côtés de la reine de cette soirée munichoise, Sara, la rivale d’Elisabeth dans le cœur de Devereux, a été chanté par une Sonia Ganassi très applaudie par un public sous le charme de son timbre sombre, mais la soie chaude de cette voix manquait d’homogénéité sur l’étendue de la tessiture, et les ornementations semblaient parfois arrachées de haute lutte.
Son époux, le duc de Nottingham a été servi par Paolo Gavanelli. La voix est ronde, homogène et pleine d’assurance sur l’ensemble de la tessiture. Un peu plus d’agilité aurait rendu la prestation parfaite. Le rôle-titre fut chanté par Juan Pons. Sans doute moins charismatique que Sonia Ganassi, il a cependant assuré une très honorable performance. L’orchestre de l’opéra de Munich était dirigé par Friedrich Haider très au fait du style de Donizetti, alliant vigueur et soutien attentif aux chanteurs.

Horizons

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Vous êtes sur la page d'accueil d'un nouvel espace où je publierai des compte-rendus de concerts et de représentations d'opéra, d'évènements liés à l'art lyrique, mais aussi des feuillets pour vous guider dans le choix de vos spectacles pour la prochaine saison à Paris. Evidemment, j'assume mes vues qui pourraient entrer en conflit avec celles qui ne sont pas les miennes.
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Je vous souhaite une bonne lecture!
Gilles Charlassier