Le Barbier de Séville Opéra Bastille 8 avril 2010 19 heures 30
Avec Karine Deshayes Rosine, Antonino Siragusa Conte d Almaviva, Dalibor Jenis Figaro, Paata Burchuladze Basilio, Alberto Rinaldi Bartolo, Jeannette Fisher Berta, Bruno Campanella direction musicale, Colline Serreau mise en scène.
Ce n’est pas le manque de reprises de la production pleine de vie de Colline Serreau que l’on peut regretter. Les deux précédentes séries avaient privilégié la version pour soprano avec la voix citron de Maria Bayo. Mais il est probable que Rossini eût préféré plus de volupté. Et il n’est pas douteux qu’il eût aimé celle de la française Karine Deshayes. Peut-être aurait-il préféré goûter le timbre sensuel de notre mezzo dans une acoustique plus intimiste que celle de la Bastille ; il se serait certainement opposé à ce que ce fruit fragile et savoureux fût abîmé dans un couvert de granit et se serait amusé des oreilles en manque de décibels. Il se serait montré magnanime et aurait pardonné sa maladresse discrète dans la reprise finale de l’air « Una voce poco fa ». Il aurait reconnu le talent du ténor Antonino Siragusa, la vaillance du jeune homme bravant les flots adverses de l’acoustique du vaisseau Bastille mais aurait peut-être regretté d’avoir écrit le morceau de bravoure pour Lindoro dans la scène finale pour le seul plaisir du divo exultant ses aigus souverains dédaigneux de la fluidité de la dramaturgie et pour un public ivre de notes hors portée. Et Siragusa lui aurait semblé un rien trop victorieux et presque irrespectueux de la beauté de la ligne de chant. D’ailleurs il aurait trouvé vulgaire ces morceaux de tissus agités rouge blanc et orange et ce tee-shirt bleu au numéro dix, et ce ballon foulé aux pieds de son athlète. Il lui aurait semblé que le Figaro de Dalibor Jenis eût redécouvert les vertus de la souplesse vocale, que Paata Burchuladze abusât un peu de l’autorité de ses graves, mais aurait aimé sa calumnia savoureuse, qu’Alberto Rinaldi n’était pas dans les bons jours qu’il lui avait connus et se serait rappelé de dire à l’agent de Jeannette Fischer qu’elle n’a plus l’âge de grimer avec talent ce que hier elle chantait encore. Bruno Campanella lui aurait semblé connaître sa partition et se serait encore bien amusé de l’impertinence de la production de Colline Serreau. Peut-être aurait-il souri de s’applaudir à droite d’un monsieur qu’il ne se souvenait pas d’avoir connu. Mais il se serait probablement dit que deux siècles d’histoire agitée ont bien pu altérer la précision de sa mémoire.
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