mercredi 26 mai 2010

Der Rosenkavalier R Strauss Köln Oper 17 avril 2010

Der Rosenkavalier R Strauss Köln Oper 17 avril 2010 18 heures 30
Avec Kiri Te Kanawa die Feldmarschallin, Claudia Mahnke Octavian, Jutta Böhnert Sophie, Bjarni Thor Kristinsson Baron Ochs Günter Krämer mise en scène, Patrik Ringborg direction musicale.
Adieux crépusculaires
Cette soirée s’annonçait comme particulière pour les lyricomanes puisque Dame Te Kanawa y faisait ses adieux à la scène. On avait préparé l’ultime apparition sur les planches de la soprano néo-zéalandaise dans les moindres détails. Elle serait la Maréchale du Chevalier à la rose, une aristocrate sur le déclin de sa jeunesse qui entretient une liaison avec un adolescent lequel finira par se marier à Sophie von Faninal, une demoiselle de son âge. La musique même de Strauss pose un regard doucement mélancolique sur un monde qui s’apprête à disparaître : au-delà de l’expérience wagnérienne, l’orchestre tente de reconstruire l’éden mozartien. Madame Te Kanawa nous l’a-t-elle fait entrevoir ?
Elle venait sur un plateau scénique réalisé par Günter Krämer, et qui se déclinait en trois espaces conceptuels successifs dont la finalité était de traduire les particularités des trois lieux de l’intrigue. Le premier acte est enfermé dans une coque circulaire qui contient la chambre de la Maréchale et qui étouffe passablement l’inexorable fuite de la jeunesse dans un rituel bourgeois. Le second acte est sous les auspices d’une couronne de fleurs qui s’éclaire à la fin de l’acte pour faire apparaître la face cornue d’un taureau : c’est l’acte d’Ochs. Le dernier acte perd les protagonistes au milieu d’une clairière de la forêt viennoise. A défaut de faire ressentir la grande diversité d’affects qui s’expriment dans l’opéra de Strauss, la mise en scène propose une interprétation lisible, quoique parfois un peu exagérément soulignée dans la transcription visuelle : les correspondances entre l’onomastique et l’appareil visuel satisfait l’intellect au détriment parfois de l’émotion pure.
Ses partenaires étaient souvent honnêtes : Claudia Mahnke était un Octavian solide, Bjarni Thor Kristinssonn, un Ochs robuste, un peu roboratif _ mais un taureau doit-il être chanté avec subtilité ? _ Julia Böhnert ne déméritait pas en Sophie. Le reste des voix se tenait honorablement sous la baguette vigilante de Patrik Ringborg. Le chef a montré une grande sensibilité à la variété d’accents qui s’expriment dans une partition qui tout en regardant vers Mozart ne se refuse pas une citation wagnérienne et a détaillé la richesse rythmique de l’ouvrage avec un soin remarquable, et ce malgré un orchestre un peu réduit par rapport aux standards straussiens : la fosse un peu étroite a contraint à quelques sacrifices quant à l’opulence des timbres, mais cela s’est fait sur l’autel de l’intelligibilité du discours musical, et les regrets que l’on a pu éprouver quant à des sonorités un peu rêches par moments finirent par cesser d’être une préoccupation.
Et le dernier tour de piste de Dame Te Kanawa ? On entendit les derniers filets d’une voix qui s’évanouissaient dans les lueurs conclusives d’un crépuscule un peu trop apprêté pour être bouleversant. Le programme s’est réalisé comme prévu avec les rappels faisant retentir avec une efficacité toute germanique les cinq dernières minutes de la clameur d’un public qui lui était conquis d’avance.

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