lundi 31 mai 2010

Guide pour la saison 2010-2011 à l’Opéra Comique

Guide pour la saison 2010-2011 à l’Opéra Comique

1-Les évènements de la saison
Cadmus et Hermione de Lully : La production de Benjamin Lazar qui avait connu un grand succès en 2008 revient cette saison sur la scène de la salle Favart. Le travail du metteur en scène, soucieux de remettre à l’honneur des tons d’éclairages que les esthétiques à lesquelles nous nous sommes habitués avaient relégué au rang d’archives, avait contribué à l’audience du spectacle. Vincent Dumestre et son Poème Harmonique étaient les partenaires idéaux d’une production baroque dans sa variété, sa couleur et sa vivacité. Ceux qui ne l’ont pas vu viendront et ceux qui étaient là en 2008 reviendront.
Cendrillon de Massenet : Jules Massenet a eu ses grands succès à la salle Favart, et c’est rendre hommage à son talent mésestimé que de produire ses ouvrages un peu oubliés. Les protagonistes de la présente production vont en tous cas tout faire pour rendre l’opéra-féérie inspiré de Perrault convaincant : Marc Minkowski qui à la tête de son orchestre des Musiciens du Louvre explore depuis de nombreuses années le répertoire français du dix-neuvième siècle avec le succès que l’on connaît, Benjamin Lazar qui a signé des mises en scène remarquées dans le répertoire baroque, et des chanteurs qui ont travaillé à plusieurs reprises avec Minkowski_ Ewa Podlès, voix lourde de graves qui fut Polinesso dans Ariodante et l’Opinion publique dans Orphée aux enfers, Frank Leguérinel, Jupiter dans Platée, Salomé Haller, prêtresse de Diane diaphane dans Iphigénie en Tauride.
Le Freischütz de Weber : Régulièrement donné sur les scènes allemandes, le génial singspiel de Weber peine à trouver une scène française pour l’accueillir. Il faut admettre que les longs dialogues en langue germanique tendent à rendre l’œuvre de Weber un peu exotique pour nos oreilles francophones, là où la partie théâtrale a pour but de donner une vivacité que seules des germanophones peuvent pleinement goûter. C’est pour traduire l’équivalent du singspiel en français, tout en préservant la valeur dramaturgique du singspiel de Weber, que le livret fut traduit par Emilien Pacini et Hector Berlioz, ce dernier réécrivant les récitatifs pour en faire un opéra romantique bien dans l’esprit de la France de Louis-Philippe. Les « puristes » pourront regretter de ne pas entendre la version « originale » de Weber en allemand, mais les fidèles à l’histoire de l’opéra en France se réjouiront de voir la salle Favart renouer avec une tradition de compréhension textuelle immédiate qui avait cours en France jusque dans les années 60, où l’on jouait Wagner et Verdi en français. Pour rendre justice au travail de Berlioz-Weber, ce sera un grand défenseur du romantisme français, John Eliot Gardiner, qui sera aux commandes de son Orchestre Révolutionnaire et Romantique _ on se souvient des Troyens au Châtelet en 2003, ou encore d’Orphée et Eurydice dans la version d’Hector Berlioz pour Pauline Viardot enregistrée Anne-Sofie von Otter. La mise en scène sera assuré par Dan Jemmett qui avait œuvré pour Beatrice et Benedict cette saison ; sa prestation nous avait laissé un sentiment mitigé : espérons que les forêts l’inspireront davantage.
Atys de Lully : Rendez-vous avec la légende de la renaissance du baroque : la production de Jean-Marie Villégier qui avait révélé Lully au public en 1987 revient dans les murs où elle avait été créée. L’ensemble de l’équipe revient au complet avec de nouveau William Christie à la tête des Arts Florissants. La chorégraphie de Francine Lancelot, qui avait œuvré à la redécouverte de la danse baroque, sera reconstituée par Béatrice Massin. Certains des instrumentistes de 1987 ont essaimé le travail de Christie et ont créé leurs propres ensembles depuis et Stéphanie d’Oustrac remplace Guillemette Laurens dans le rôle de Cybèle. C’est à la fois un hommage de la nouvelle génération à leurs prédécesseurs et un témoignage de vivacité d’un travail de grande qualité qui a fait rêver des milliers de mélomanes. On entendra Sophie Daneman dans le rôle de Doris et Paul Agnew dans celui du Sommeil. Et l’on pourra suivre la production à Caen, Bordeaux et Brooklyn, coproducteurs de la résurrection.

2- Les autres productions de la saison
Cachafaz de Strasnoy : En contrepoint de la production de Cadmus et Hermione, Geoffroy Jourdain dirigera les Cris de Paris et l’ensemble 2E2M dans une création du compositeur argentin Oscar Strasnoy. Benjamin Lazar mettra en scène un avatar de « baroque d’aujourd’hui » et montrera ses talents dans un répertoire différent de celui qui a assis sa renommée.
Les mamelles de Tirésias de Poulenc et Le bœuf sur le toit de Milhaud : Deux témoignages de la fantaisie créatrice qui irriguait le Paris de la première moitié du vingtième siècle et de la richesse des liens qui associaient les différentes formes d’expression artistique : le texte du livret de l’opéra-bouffe de Poulenc est d’Apollinaire et l’argument du ballet de Milhaud est signé Cocteau. Macha Makaïeff est à la régie d’une production qui sera étrennée à Lyon. On retrouvera des interprètes que nous avons déjà entendus sur la scène de la Bastille à l’instar de Jeannette Fisher, inamovible Berta du Barbier de Séville.
O mon bel inconnu de Hahn : Une comédie musicale signée Reynaldo Hahn sur un livret de Sacha Guitry pour apprécier un autre aspect de la légèreté créatrice du Paris de l’entre-deux guerres.
Les fiançailles au couvent de Prokofiev : Pendant russophone de l’Amour des trois oranges que nous avons vu représenté à la Bastille en 2005 (ce fut donné pour la 20ème matinée Rêves d’enfants), l’opéra-bouffe de Prokokiev sera dirigé par Tugan Sokhiev à la tête de l’Orchestre du Capitole de Toulouse.
Re Orso de Stroppa : Une création à l’Opéra Comique inspirée par une pièce du célèbre librettiste de Verdi, Boïto, Re Orso, qui relit le mythe du Minotaure. La production bénéficie de la participation de l’Ircam et Susanna Mälkki sera à la tête de l’Ensemble Intercontemporain, grand défenseur des avant-gardes de notre temps. Le plateau vocal verra une apparition de Monica Bacelli dont les mahlériens se souviennent peut-être, elle avait chanté l’insouciance trompeuse du paradis à la fin la quatrième symphonie du maître sous la baguette rayonnante de sensibilité de Claudio Abbado au Châtelet en avril 2006.
Les Brigands d’Offenbach : Un opéra-bouffe de maître Jacques pour terminer l’année en beauté et en satire. Le duo Makaïeff-Deschamps est à la régie, François-Xavier Roth à la tête de son orchestre Les Siècles, et la distribution rassemble des valeurs éprouvées du chant français, tels Michèle Lagrange ou Frank Leguérinel.

3- Les autres soirées de Favart
Parmi les concerts de la saison, on pourra retenir celui donné par l’Orchestre Français des Jeunes Baroque le 6 novembre sous la direction de Paul Agnew qui troquera le chant pour la baguette avec des airs de la magicienne Armide puisés chez Lully, Händel et Haydn et qui seront interprétés par Salomé Haller. Toujours en contrepoint des représentations de Cadmus et Hermione, Raphaël Pichon dirigera le chœur et l’orchestre Pygmalion dans des airs et suite de danses extraits de Dardanus de Rameau le 9 décembre et Vincent Dumestre proposera un spectacle autour des musiques carnavalesques dans la Rome du dix-septième siècle les 22 et 23 décembre.
Autour des Mamelles de Tirésias, la jeune soprano Karen Vourc’h chantera Poulenc les 9, 12 et 13 janvier et Karina Gauvin interprètera un programme autour de la mélodie française le 11 janvier.
Autour de Cendrillon, Michel Plasson dirigera l’Orchestre national de Lyon dans un programme de musique française avec le concours de Béatrice Uria-Monzon le 6 mars et l’ensemble Les Monts du Rueil jouera la première version scénique du conte de Perrault, mis en musique par Laruette le 14 mars.
Le Freischutz donne l’occasion à la salle Favart de programmer l’intégrale des trios et des concertos pour piano de Beethoven servis par les jeunes artistes du Trio Elégiaque et Jean-François Heisser pour les concertos, mais aussi d’entendre David Grimal à la tête de l’ensemble les Dissonances dans un programme composé autour d’une création de Richard Dubugnon le 14 avril et Anne Schwanewilms, qui fut la Maréchale dans la reprise de Rosenkavalier à Bastille en 2006, dans un récital de Lieder le 16 avril.
Enfin, la reprise d’Atys nous fera entendre une parodie de l’opéra de Lully, Atys travesti, écrit par Carolet, joué par l’ensemble Les Menus-Plaisirs du Roy et mis en scène par Jean-Luc Impe, le 14 mai. Quelques jours plus tard, la compagnie Fêtes galantes ressuscitera la « Belle Danse », qui est le pendant chorégraphique de la tragédie lyrique, sous l’impulsion de Béatrice Massin, qui recrée pour la reprise d’Atys le travail de Francine Lancelot laquelle fut l’un des principaux artisans de la redécouverte de la production chorégraphique en France sous l’Ancien Régime.

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