Faust Fénélon (2007) 23 mars 2010
Avec Gilles Ragon L’Homme, Georg, Arnold Beyuzen Faust, Robert Bork Mephistophélès, Gregory Rheinhart Wagner, Le Moine, Karolina Andersson Annette, Bernhard Kontarsky direction musicale, Pet Halmen mise en scène
Pour affronter le mythe de Faust, Philippe Fénelon a choisi une source restée dans l’ombre de l’œuvre de Goethe, la pièce de l’allemand Nikolaus Lenau. Le compositeur a écrit un livret qui s’articule autour de trois personnages, Faust, Méphistophélès, et l’Homme. L’originalité de ses choix dramatiques se concentrent autour de ce troisième personnage, à la fois narrateur ex machina comme dans le Doktor Faust de Busoni, et personnage à l’intérieur du drame lui-même sous le nom de Georg : l’auteur met ainsi en œuvre un dispositif théâtral où l’extérieur et l’intérieur du drame mêlent leurs voix et leurs logiques dans une sorte de troisième lieu dramaturgique prometteur pour explorer la profondeur du mythe faustien. Hélas la partition déçoit ces attentes.
Certes, l’écriture vocale est très virtuose et trouve en Gilles Ragon, dans le double rôle de l’Homme et de Georg un interprète de premier plan qui montre une aisance réelle avec l’univers musical de Fénelon (il avait créé les Rois à Bordeaux en 2004). La voix accuse des raideurs cependant dans le registre aigu et le timbre est un peu tendu, mais la projection reste satisfaisante et le ténor français fait preuve d’un souci du détail exemplaire. Le personnage d’Annette est presque cantonné au registre suraigu, dans un personnage hystérique de femme abandonnée et trouve en Karolina Andersson une interprète à la vocalité crispée. L’innocence de Marguerite est bien loin. Méphistophélès a un rôle assez attendu de manipulateur et Robert Bork sait rendre avec talent la prosodie de la langue allemande magnifiée par une partie vocale très théâtrale. Faust est un savant tourmenté par la recherche de la Vérité qui doit lui apporter la toute-puissance incarné par Arnold Bezuyen : le timbre est riche et fait regretter une voix écaillée de quelques fêlures.
La partie orchestrale est exécutée sous la direction attentive de Bernhard Kontarsky. Le geste précis de cette baguette habituée au répertoire contemporain ne peut cependant faire oublier un orchestre souvent réduit à un rôle rhétorique, soulignant la déclamation chantée dans une sorte de descendance de Lully à laquelle il manquerait la structuration rythmique autour de la danse. Cette volonté excessive de confier l’avant de la scène au texte déséquilibre l’ensemble d’une œuvre intéressante mais qui a du mal à retenir l’attention à un discours musical réduit à des dimensions parfois rudimentaires. La timidité rythmique de l’orgie que promet Méphistophélès aux villageois fait regretter ce qu’un John Adams aurait pu proposer de roboratif pour la séquence. Il y a cependant quelques scènes qui se dégagent de cette monotonie dialectique, à l’instar de la scène qui ouvre le second acte, une sorte de climat d’inquisition suggéré avec un orchestre aux accents tamisés, ou le Lacrymosa final parfaitement construit et qui n’est pas sans rappeler la scène finale de l’opéra de Boesmans créé en ces murs l’an dernier, Yvonne de Bourgogne.
Pet Halmen a choisi une scénographie centrée sur un cadre géant comme un élément d’une vanité agrandie au format opératique qui a pu sujet la destinée de Faust, pris au piège de son désir de savoir et dans laquelle Méphistophélès est une sorte de Fantomas couleur Spiderman pilotant l’engin comme il tient par son pacte l’âme de sa victime.
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