Récital Chopin Krystian Zimmerman 29 avril 2010 Wiener MusikvereinC’était un grand soir : pour les amateurs de piano, les amoureux de Chopin et les admirateurs de Krystian Zimmerman. On le sait, le pianiste polonais compose ses programmes avec un soin extrême, évitant tout bis qui dénaturerait la dramaturgie musicale qu’il a choisie.Pour le récital consacré au compositeur franco-polonais dont on célèbre le bicentenaire cette année, il en a dessiné une esthétique où les tonalités se répondent en miroir. La première partie qui réunit les œuvres de la première maturité, s’ouvre sur le deuxième nocturne opus 15 en fa dièse majeur, et la deuxième partie consacré au Chopin de la fin s’achève sur la Barcarolle en fa dièse majeur opus 60 ; les morceaux de résistance sont en mode mineur, dans la tonalité de si bémol pour la deuxième sonate opus 35 et le deuxième Scherzo opus 31, et de si pour la troisième sonate opus 58. Ce faisant, il nous propose une compréhension de l’évolution stylistique de Chopin qui met l’accent sur la préoccupation formelle qui n’a jamais quitté le compositeur depuis ses débuts : le romantisme de Chopin prend son envol dans ses recherches harmoniques et son exploration de formes contraignantes, autrement dit dans son classicisme absolu. Et c’est avec un jeu à la fois retenu et plein d’une énergie virile que se déroule un programme à la forme elliptique dont les deux foyers sont les tonalités de si (et si bémol) mineur, qui sont le lieu des deux grandes sonates et du scherzo, et de fa dièse majeur, creuset des formes « brèves » qui ouvrent et ferment le récital. Sous les phalanges de Krystian Zimmerman, les préoccupations formelles entretiennent un voisinage mystique avec l’Esprit.C’est sans concession à un hédonisme du son et à la séduction immédiate de la délicatesse du toucher que le pianiste polonais a joué ce soir. L’inlassable travail des textures et des timbres n’a pris un visage pleinement reconnaissable qu’au cours de la Marche Funèbre de la deuxième sonate, les modulations subtiles d’intensité faisant apparaître les phrases sous des nuances de couleurs où chaque modulation harmonique apporte une variation d’éclairage invisible pour l’oreille immédiate mais évidente dans la progression du cinématographe sonore soigneusement élaboré. Le finale de cette même deuxième sonate, joué attaca dans la continuité du mouvement lent, est comme la liquidation de toute la constellation harmonique de la sonate qui s’échoue sur les accords conclusifs comme les derniers chocs d’un cercueil au fond d’une tombe. C’est dans le scherzo sans doute que le pianiste a déployé la séduction sonore la plus immédiate de la soirée avec des accents lunaires et presque métalliques de solennité angoissée qui ouvrent le morceau et une fabuleuse fluidité dans les modulations, exprimant la grande souplesse de l’harmonie chopinienne. Après l’entracte, la troisième sonate est apparue dans sa singularité, en reprenant les tournures de la sonate «marche funèbre » tout en montrant un traitement rythmique qui n’est pas sans rappeler le Beethoven de l’opus 106. Et comme en une symétrie parfaite, le dernier mouvement évoque l’allure inquiète et décidée du Grave initial de l’opus 31. Krystian Zimmerman a dévoilé dans la Barcarolle qui fermait le ban la richesse d’une écriture harmonique initiée par l’apparente simplicité de la danse. Le kaléidoscope proposé s’est révélé comme un résumé fidèle de l’évolution stylistique originale de Chopin, dont le génie s’est exprimé dans l’intimité des formes brèves et denses comme le fut sa vie.
mercredi 26 mai 2010
Récital Chopin Krystian Zimmerman 29 avril 2010
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire