mardi 28 juin 2011

Otello, Verdi, Opéra Bastille, 23 et 28 juin 2011

Otello, Verdi, 23 et 28 juin 2011, Opéra national de Paris, Auditorium Bastille
Avec Aleksandrs Antonenko Otello, Renée Fleming Desdemona, Sergei Murzaev Jago, Michael Fabiano Cassio, Francisco Almanza Roderigo, Carlo Cigni Lodovico, Roberto Tagliavini Montano, Nona Javakhidze Emilia, Chae Wook Lim Un araldo, Marco Armiliato direction musicale, Andrei Serban mise en scène.
Otello, le maure maudit, peut aussi être pour quelque spectateur un opéra maudit. D’ersatz de représentations en costumes mais épurée de décors, en turbulences chronométéorologiques, l’amateur de lyrique peut parfois voir le même bel objet lui glisser des yeux et des oreilles. C’est ainsi que votre humble serviteur connut la présente production de Serban en noirs de grève un soir de mars 2005 tandis qu’une tempête sur la côte new-yorkaise retarda de plusieurs heures l’atterrissage à l’aéroport de La Guardia, et le conduisit au Met en taxi, alors qu’Otello, se mourait sur un écran, un funeste 8 mars 2008, le privant de la Desdémone de Renée Fleming. Le retour de l’américaine sur les planches de la Bastille lui laissait espérer de rompre ce maléfice. Les syndicats en décidèrent autrement.
L’avant-dernier opéra de Verdi fait partie de ce que l’on a souvent appelé les opéras politiques –  à l’instar de Macbeth, Simon Boccanegra ou Don Carlos. Ce sont surtout les ouvrages où sont nouées de la manière la plus puissante les trames de l’histoire collective et celle de l’individu. Le compositeur élut ces princes et ces reines, non pour le faste où se sont engouffrées les attentes d’apparat d’un certain public, mais pour ces destinées exemplaires qui offrent à grande échelle ce que les petites vies recèlent à dimensions plus réduites. L’opéra romantique est un macroscope psychologique auquel Verdi a donné une puissance exceptionnelle.
Le plateau de cette reprise fait la part belle à l’école slave – et anecdotise les perturbations vindicatives, et ce d’autant plus que chacun s’approprie le jeu de son personnage, palliant les déficiences iconographiques. Le rôle éponyme est confié à Aleksandres Antonenko révélé à Salzbourg il y a quelques saisons par Riccardo Muti dans ce même ouvrage. Le ténor letton, âgé de seulement trente-six ans, déploie une pâte reconnaissable et donne une consistance indéniable à son interprétation. L’épaisseur de la texture se fait le miroir de l’âme tourmentée de l’amant empoisonné par la jalousie. On disait cette prise de rôle prématurée. L’instrument ne montre nulle fatigue dirimante, quand bien même la tessiture est tirée vers le bas de son registre.
Démon du héros, Jago trouve en Sergei Murzaev un remarquable interprète. La noirceur du caractère n’a d’égale que l’assurance du matériau du baryton russe, impressionnant dans son Credo au deuxième acte. Le reste de la distribution ne démérite point, du Cassio de Michael Fabiano au Roderigo de Francisco Almanza. Carlo Cigni fait une apparition crédible en Lodovico et Montano n’est point déparé dans les cordes de Roberto Tagliavini. En harmonie avec l’éventail des gosiers solides masculins, Nona Javakhidze souligne le médium de son mezzo, dans la grande tradition slave.
L’autre fanal de la soirée était évidemment le retour de Renée Fleming à l’Opéra de Paris. Si la voix du soprano américain a évolué au cours de ses dernières années, s’allégeant du moelleux capiteux qui avait fait sa gloire, l’assurance des moyens ne subit guère l’outrage des temps, mûrissant plutôt favorablement. Le format paraîtrait presque limité aux côtés de ses impérieux voisins, investissant davantage la fragilité aimante de Desdémone. L’affectation que l’on a pu reprocher à Mrs Double-crème, ne fait ici que renforcer la délicatesse du personnage, vêtue dans l’élégance meurtrie de la robe rouge de la passion amoureuse.
A la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, Marco Armiliato, habitué du répertoire verdien, ne ménage pas ses efforts pour mettre en valeur la richesse de l’écriture de la partition, donnant une lisibilité remarquable aux pupitres, que vient souvent altérer une sollicitation un peu empressée de l’ampleur sonore. Les chœurs, préparés par Alessandro di Stefano et figés en rangs de bulbes, apportent la vigueur nécessaire, contrastant avec le voile diaphane des chœurs d’enfants.
Cinq jours plus tard, le mardi 28, le maléfice a été conjuré. La scénographie amendée – allégée de quelques plumes vaudous au dernier acte – croule sous des projections et des bruitages qui assomment la nuit vénitienne du premier acte. Rien que du métier pour ce travail présenté pour la troisième fois depuis 2004, quelques facilités, mais point de génie. Le côté grand guignolesque  de la première série de représentations a été standardisé.

Les Brigands, Offenbach, Opéra Comique, 22 juin 2011

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Idomeneo, Mozart, Théâtre des Champs Elysées, 21 juin 2011

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Cosi fan tutte, Mozart, Palais Garnier, 20 juin 2011

Così fan tutte, Mozart, 20 juin 2011, Opéra national de Paris, Palais Garnier
Avec Elza van den Heever Fiordiligi, Karine Deshayes Dorabella, Matthew Polenzani Ferrando, Paulo Szot Gugliemo, Anne-Catherine Gillet Despina, William Shimell Don Alfonso, Philippe Jordan direction musicale, Ezio Toffolutti mise en scène.
Finis les coulisses de la production de Chéreau, Nicolas Joël a décidé de faire revenir sur le plateau de Garnier la production qui a inauguré la salle rénovée, en mars 1996 – le lendemain du Don Giovanni en version de concert de gala et de légendes, avec Renée Fleming et Sir Georg Solti.
Le travail d’Ezio Toffolutti suit fidèlement les prescriptions du livret et les attentes de costumes évoquant le siècle de Casanova, ne trahissant la topographie qu’en translatant l’intrigue de la côte amalfitaine à celle de la vénitienne Adriatique - sans doute pour la réputation de mirage qui entoure la Cité des Doges. Les rives de la lagune sont sans doute à l’image de la fidélité féminine, un phénix d’Arabie toujours soustrait au regard, par la nebia des accidents de la vie, qui se concrétise dans les brumes invasives à l’ouverture. L’esthétisme s’avère agréable, ne succombant à aucune audace scénographique. On aura également peu à dire des lumières tamisées d’André Diot, toujours à-propos.
Le soprano sud-africain qui fait désormais fureur endosse les habits dramatiques de Fiordioligi. Le format large divertit des habitudes récentes, même s’il pénalise la vélocité. L’opulence du timbre donne une consistance au personnage, admirable dans le Se Pieta, rappelant une Schwarzkopf un peu encombrée par un matériau généreux. Karine Deshayes incarne une Dorabella correcte. L’élégance n’est pas la qualité première de Paulo Szot, Gugliemo, et contraste avec pertinence avec Matthew Polenzani, Ferrando. Si William Shimell déçoit en Don Alfonso, avec une émission inégale, Anne-Catherine Gillet se sent à l’aise dans le caméléon de Despina, toujours sapide avec un instrument clair.
Il est assez troublant d’entendre Philippe Jordan en alternance des représentations du Crépuscule des dieux. La direction ne manque pas d’intelligence, mais le souci du style souffre parfois d’accès de mollesse, sacrifiant le rythme à la couleur.

Atys, Lully, Grand-Théâtre, Bordeaux, 16 juin 2011

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lundi 20 juin 2011

Götterdämmerung, Wagner, 8 juin 2011, Opéra national de Paris, Auditorium Bastille

Götterdammerung, Wagner, 30 mai et 8 juin 2011, Opéra national de Paris, Auditorium Bastille
Avec Torsten Kerl Siegfried, Katarina Dalayman Brünnhilde, Hans-Peter König Hagen, Peter Sidhom Alberich, Ian Paterson Gunther, Sophie Koch Waltraute, Christiane Libor Gutrune, Troisième Norne, Nicole Piccolomini Première Norne, Flosshilde, Caroline Stein Woglinde, Daniela Sindram Deuxième Norne, Wellgrunde, Philippe Jordan direction musicale, Günter Krämer mise en scène.
Dernière étape du voyage tétralogique, le Crépuscule des Dieux clôt le cycle commandé à Günter Krämer, commencé la saison dernière. L’inventivité éculée du régisseur germain, à la fortune aléatoire, semble s’être assagie pour ce volet conclusif.
Au lever de rideau, le dispositif scénographique surprendrait presque par son économie. Les trois Nornes déroulent leur récit sur un plateau autour duquel tourne un élément vertical, qui manifestera son utilité ultérieurement. Les lumières blondes crépusculaires éclairent un horizon où l’on devine les ombres du Walhalla – nous sommes dans la pénombre du Destin. La vulgarité attachée à la sensibilité du metteur en scène allemand ne pouvait se contenir davantage et éclabousse la fin du prologue, non sans à-propos musical. Tandis que des réminiscences des filles du Rhin se font ouïr, les demoiselles aux filles de dévêtissent de leurs robes de deuil et exhibent des tenues de soirée étincelantes qui n’omettent point le triangle pileux à l’endroit consacré. La pruderie ne se fait jamais excessive : Brünnhilde finit par chevaucher Siegfried à la fin de la traversée du Rhin, tandis que Gutrune se fait culbuter par son nouvel amant sur la table du séjour. Dans la demeure de Hagen, le veule Gunther a des allures d’industriel ridicule avec son costume vert, et sa sœur ferait songer à la mère Groseille, n’était sa réserve. Hagen, en fauteuil roulant, manifeste son autorité. Au deuxième acte, les cotillons de la fête ont un goût amer que le fond noir rappelle. Le fameux panneau mystérieux du prologue se fait l’antichambre où meurt Siegfried, puis écran où sa lumineuse ombre monte vers les Cieux, degré par degré, au rythme de la marche funèbre à la gloire du héros. Le procédé a contracté une dette presque plagiaire envers la Mort d’Isolde de Bill Viola, mais a le mérite élémentaire de l’efficacité émotionnelle. Le panneau métallique se fait enfin bûcher pour Brünnhilde. La chute du séjour des Dieux s’abîme dans une destruction des walkyries qui emprunte aux jeux vidéo, rompant ainsi la poésie de la scène, heureusement récupérée à l’ultime instant avec l’anneau qui reparaît, et l’or qui retourne à son fonds originel.
La réussite discutable de la scène est reléguée au second plan par celle bien plus incontestable de l’élément musical. Torsten Kerl déploie son matériau dans un Siegfried presque émouvant en ses limites. Katarina Dalayman tient la route jusqu’à son immolation. Sophie Koch a fait forte impression  en Waltraute le soir de la générale, non renouvelée pour cause de méforme passagère. Il n’en reste pas moins que le mezzo français y peut être tout à fait idoine. Mais c’est le Hagen puissant de Hans-Peter König qui reçoit les honneurs de la mémoire. La constance de la ligne, l’autorité du timbre, l’intelligibilité de la ligne, tous les atouts sont réunis pour une grande incarnation de ce personnage sombre. Son père, l’Alberich de Peter Sidhom, en paraît presque débile – mais le registre est lui aussi davantage tourné vers le rôle de caractère, inquiétant et ridicule à la fois, là où Hagen montre un visage plus dramatique et menaçant – c’est lui qui d’ailleurs condamne la saga à sa fin en assassinant le fils des Wälsungen. L’inconsistance de la méchanceté de Gunther trouve dans la voix de Ian Paterson un miroir fidèle. Christiane Libor incarne une Gutrune à la gorge un peu resserrée, ce qui convient au rôle ingrat, complétant sa Troisième Norne au Prologue. Les deux autres sont des recyclages des filles du Rhin, lesquelles retournent à leur forme première à la fin de l’épopée – auxquelles il suffit d’adjoindre la Woglinde de Caroline Stein.
Mais tout cela ne serait rien sans la baguette miraculeuse de Philippe Jordan. On avait apprécié son sens des textures dans le Prologue, été plus réticent face à la réserve de sa Walkyrie, avant d’être à nouveau séduit par la vélocité théâtrale de son Siegfried (surtout en son acte premier). La conclusion du cycle s’inaugure avec un envoûtant dosage des couleurs et des plans sonores. L’apparente placidité évite toute déflagration apocalyptique, privilégiant le grain unique de la partition. Ne serait cette magie orchestrale – on ne peut qu’applaudir au travail accompli par la formation maison – le cycle aurait sombré dans la grisaille routinière des programmations commémoratives pour la saison à venir. S’il est des œuvres rares qui souffrent le manque de deniers, la dépense d’un Ring ne fait guère reculer les institutions – pour notre plus grand plaisir de wagnériens, mais parfois au péril du sens et de la vue.

Internationales Mahler Festival Leipzig (11) – Wiener Philharmoniker – Daniele Gatti,Gewandhaus, Leipzig –28 mai 2011

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Internationales Mahler Festival Leipzig (10) – Gewandhausorchester – Riccardo Chailly,Gewandhaus, Leipzig –27 mai 2011

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Internationales Mahler Festival Leipzig (9) – Mahler Chamber Orchestra – Daniel Harding, Gewandhaus, Leipzig –25 mai 2011

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Internationales Mahler Festival Leipzig (8) – Tonhalle Orchester Zürich – David Zinman, Gewandhaus, Leipzig –24 mai 2011

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Internationales Mahler Festival Leipzig (7) – New York Philharmonic Orchestra – Alan Gilbert, Gewandhaus, Leipzig –23 mai 2011

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Internationales Mahler Festival Leipzig (6) – London Symphony Orchestra – Valery Gergiev,Gewandhaus, Leipzig –22 mai 2011

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Internationales Mahler Festival Leipzig (5) – Concertgebouworchester – Fabio Luisi,Gewandhaus, Leipzig –22 mai 2011

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Internationales Mahler Festival Leipzig (4) – Sinfonieorchester des Bayerischen Rundfunks – Yannick Nézet-Séguin, Gewandhaus, Leipzig –21 mai 2011

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Internationales Mahler Festival Leipzig (3) – MDR Sinfonieorchester – Jun Märkl, Gewandhaus, Leipzig –20 mai 2011

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Internationales Mahler Festival Leipzig (2) – Sächsische Staatskapelle Dresden – Esa-Pekka Salonen,Gewandhaus, Leipzig –19 mai 2011

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Internationales Mahler Festival Leipzig (1) – Gewandhausorchester – Riccardo Chailly, Gewandhaus, Leipzig –18 mai 2011

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Internationales Mahler Festival Leipzig, Gewandhaus, Leipzig –17 – 29 mai 2011

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mardi 7 juin 2011

Les Vêpres siciliennes, Verdi, Grand-Théâtre, Genève, 4 mai 2011

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Il Trovatore, Verdi, Théâtre des Champs Elysées, 3 mai 2011

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La scala di seta, Rossini, Théâtre des Champs Elysées, 26 avril 2011

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Bachfest 2, Auditorium, Dijon, 17 avril 2011

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Bachfest 1, Auditorium, Dijon, 15 avril 2011

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La Bohème, Puccini, Grand-Théâtre, Limoges, 10 avril 2011

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Der Freïchütz, Weber-Berlioz, Opéra Comique, 9 avril 2011

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Convergences Akhmatova, Quatuor Danel, Amphithéâtre Bastille, 5 avril 2011

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Quatuor Prazak, Théâtre des Bouffes du Nord, 4 avril 2011

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Philharmonique de Radio France, salle Pleyel, 1er avril 2011

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Mars 2011 à l'Opéra de Paris

Mars 2011 à l’Opéra de Paris
En l’espace de quelques semaines, l’institution parisienne accueille en ses murs une nouvelle production, une reprise, et une création, juxtaposant en peu de temps pour les mêmes sièges rembourrés de noir, répertoire et innovation.

Siegfried, Richard Wagner, 15 mars 2011, Opéra national de Paris, Auditorium Bastille
Avec Torsten Kerl Siegfried, Katarina Dalayman Brünnilde, Wolfgang Ablinger-Sperhacke Mime, Juha Uusitalo Der Wanderer, Peter Sidhom Alberich, Stephen Milling Fafner, Qin Lin Zhang Erda, Elena Tsallagova Walvogel, Philippe Jordan direction musicale, Günter Krämer mise en scène.
Pour ce troisième volet du ring parisien, la cohérence reste de mise, faisant appel aux mêmes artisans qui ont œuvré lors des épisodes précédents. La régie de Günter Krämer reste égale à elle-même, recyclant les innovations des prédécesseurs, sans manquer le panneau incliné, réceptacle naturel de la Germania, avatar du rocher que va profaner le jeune héros, en allant réveiller Brünnhilde. Les jeux d’acteurs et les costumes n’élucident guère que l’indigence herméneutique de l’allemand – Mime affublé de la dégaine de Zaza Napoli et Wotan ravalé au rang d’un errant nauséabond. Le naturalisme premier degré contraint un livret lourd de symboles. Au moins, évite t-il les déflagrations de vulgarité qui avaient ébloui l’épisode précédent.
Le spectateur se console heureusement avec la musique. A la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, Philippe Jordan poursuit son Ring la baguette haute. Le premier acte de Siegfried, avec ses longs épisodes mnémo-narratifs, est un redoutable défi, dont l’intérêt peut être très facilement émoussé. Le chef suisse en délivre une interprétation exceptionnelle de dynamisme, parvenant à tenir en haleine l’auditeur. La variété des épisodes est caractérisée avec un souci du détail et du pittoresque qui soutient le rythme de la progression dramatique. Le travail orchestral que l’on a pu qualifier de chambriste favorise la diversité des éclairages et souligne les beautés de la partition. Ayant atteint si vite sa vitesse de croisière, la direction ne renouvelle par la favorable surprise, ayant mûri en artisanat accompli. Les applaudissements ne sont cependant pas démérités.
Le plateau réunit deux voix scandinaves. Torsten Kerl est de ces Siegfried robustes à la voix un peu pâteuses apprécié de certains wagnériens. La puissance n’est pas toujours au rendez-vous, timide parfois face au flux orchestral, mais l’héroïsme un peu naïf du personnage se trouve adéquatement incarné. Katarina Dalayman poursuit sa réputation de Brünnhilde avec les honneurs, dans un final qui lui octroie de belles envolées lyriques. Fidèles aux épisodes antérieurs, Peter Sidhom, Mime, et Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Alberich, donnent aux Nibelungen la mesquinerie idiomatique, généreusement amplifiée par un matériau vocal efficace. Si Stephen Milling donne à Fafner sa caverneuse profondeur, Juha Uusitalo n’imprime guère de panache à un Wanderer dépouillé par le metteur en scène du reliquat de divine prestance que le livret espère. Alberich n’est pas plus impressionné. Erda revient à la voix sombre de Qin Lin Zhang tandis que l’oiseau se fait entendre sous le babil d’Elena Tsallagova.

Luisa Miller, Giuseppe Verdi,  29 mars 2011, Opéra national de Paris, Auditorium Bastille
Avec Krassimira Stoyanova Luisa, Marcelo Alvarez Rodolfo, Orlinj Anastassov Il Conte di Walter, Maria José Montiel Federica duchessa d’Ostheim, Arutjun Kotchinian Wurm, Franck Ferrari Miller, Elisa Cenni Laura, Daniel Oren direction musicale, Gilbert Deflo mise en scène.
La reprise de la production de Gilbert Deflo faisait craindre une accentuation de l’indigence du travail scénographique déplorée déjà il y a trois ans, lorsque la production avait été étrennée. Hasard heureux, ou atténuation du statisme dramaturgique au sein d’une programmation plus sage, la présente représentation mettait en avant deux pointures : Krassimira Stoyanova et Marcelo Alvarez. Le second a hélas déclaré forfait au premier acte, réapparaissant sous de nouveaux traits dans la scène où Rodolfo, avouant sa véritable identité à Luisa, lui répète qu’il n’a pas changé. L’effet est peut-être involontaire, mais le comique assuré. Stoyanova démontre en revanche une santé inattaquable et une maîtrise du bel canto verdien admirable, mêlant élégance et puissance. La solidité du Conte d’Orlin Anastassov contraste avec le Miller meurtri de Franck Ferrari. Daniel Oren justifie sa fidélité au répertoire italien.

Akhmatova, Bruno Mantovani, 31 mars 2011, Opéra national de Paris, Auditorium Bastille
Avec Janine Baechle Anna Akhmatova, Michael König Lev Goumilev, Lionel Peintre Pounine, Varduhi Abrahamyan Lydia Tchoukovskaïa, Valérie Condoluci Faina Ranevskaïa, Christophe Dumaux Le Représentant de l’Union des écrivains, Fabrice Dalis Un Sculpteur, Un Universitaire anglais, Pascal Rophé direction musicale, Nicolas Joël mise en scène.
Pour son second opus lyrique, le presque officiel Bruno Mantovani a confié avoir cherché un sujet sérieux. Nonobstant le contestable d’une telle posture ravalant la bonne humeur au rang de divertissement presqu’indigne, le choix de la seconde guerre mondiale et d’un régime totalitaire pour cadre de « l’action » était attendu. Si l’adversité de l’époque a nourri l’inspiration puissante d’un Chostakovitch par exemple – la Symphonie n°7 dite Leningrad, avec son premier mouvement en forme d’immense marche, témoigne de la légitimité de l’art comme moyen de lutte politique –, il serait facile de croire que la dénonciation de l’oppression fonctionne comme un levier de profondeur esthétique. C’est pourtant l’un des topoi de notre molle démocratie confortablement installée dans le fauteuil de la défense de la liberté et des droits de l’homme.
Le livret procuré par Christophe Ghristi tient du portrait. C’est là encore un modernisme de bon aloi, disqualifiant la paresseuse invraisemblance théâtrale. On juxtapose pendant deux heures des tableaux de la vie de la grande poétesse russe, Anna Akhmatova, victime de la censure stalinienne. Pour un sujet aussi noble, le statisme pictural s’imposait, ainsi que les décors gris de Wolfgang Gussman l’illustrent. Ce camaïeu monochrome, accentuant l’éclat des lumières, flatte l’intelligence herméneutique du spectateur, lequel se sent porté par les clefs laissées sur les coutures de l’ouvrage. La modestie de la beauté égale celle d’un ennui lentement distillé dans cette clepsydre aux deux lobes temporels égaux.
Faisant la promotion de son opéra, Mantovani encourageait les spectateurs potentiels en les assurant que cela était accessible. Nous ne saurions le démentir. La partition aligne imperturbablement les mêmes formules motiviques, revêtues d’une brillante facture orchestrale, soulignant les mélismes les plus attendûment expressifs. Le résultat relève plus de l’illustration sonore que d’une véritable composition, favorisant l’empreinte mnésique iconographique.
Les interprètes ne déméritent pas, en premier lieu la confiance de Pascal Rophé dans les pages qu’il dirige. L e rôle-titre est tenu par Janine Baechle, plus Kabanicha qu’Akhmatova, dans des costumes et un physique qui peinent à évoquer l’élégance élancée de l’aède slave. On retiendra le timbre chaud de Varduhi Abrahamyan en Lydia Tchoukovskaïa ou encore l’hystérie du Représentant de l’Union des écrivains interprétée par Christophe Dumaux.

Quatuor Escher, Auditorium du Louvre, 30 mars 2011

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Roméo et Juliette, Gounod, Lausanne, 25 mars 2011

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Concert Measha Brueggergosman, Teatre del Liceu, Barcelone, 11 mars 2011

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Parsifal, Wagner, Teatre del Liceu, Barcelone, 10 et 12 mars 2011

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Anna Nicole, Turnage, Royal Opera House, Londres, 4 mars 2011

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Forum opera europa, Londres, 3-6 mars 2011

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Concert Ircam Les Solistes, Centre Pompidou, 2 mars 2011

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Ensemble Intercontemporain, Cité de la musique, 1er mars 2011

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